Dans le domaine des sols industriels en béton, la durabilité ne se limite pas à la réduction de l’empreinte carbone des matériaux. Elle commence par la conception d’un ouvrage capable de remplir sa fonction dans la durée, malgré des sollicitations parfois particulièrement sévères. Une approche défendue par Kebro, qu’illustre notamment le site de recyclage de verre HIGH-5, dans le port d’Anvers, où certains sols réalisés il y a plus de vingt ans sont toujours en service.
Pour Kebro, la durabilité des sols industriels repose sur trois piliers : une conception adaptée à l’usage, une exécution maîtrisée et l’évolution progressive des matériaux et du matériel de chantier. Erik Kerkhofs, directeur de Kebro, soulignait dans ces colonnes en 2022 déjà : « Nous ne croyons absolument pas aux approches ‘quick & cheap’. Nous visons la satisfaction du client sur le long terme. »
Cette durée de vie se prépare dès les calculs. L’entreprise dimensionne ses sols conformément aux normes actuelles, notamment la TV 267 et l’Eurocode, avec une attention particulière portée à la maîtrise de la fissuration. L’objectif est de limiter la largeur théorique des fissures à 0,3 mm.
Le bureau d’études intervient également sur l’épaisseur du sol et son taux d’armatures. Il s’agit de disposer de la quantité de matière nécessaire aux performances recherchées, sans surdimensionnement inutile. Cette optimisation contribue à réduire la consommation de béton et d’acier par mètre carré.

Le site HIGH-5, dans le port d’Anvers, fournit un cas concret pour évaluer cette approche dans le temps. L’installation recycle chaque année plus de 300 000 tonnes de verre d’emballage. Kebro y intervient depuis 2003 dans le cadre de différentes extensions et adaptations des infrastructures.
Les travaux réalisés comprennent notamment des sols en béton étanches aux liquides. Les surfaces sont soumises à des conditions d’exploitation exigeantes : des chargeuses sur pneus y déplacent continuellement d’importantes quantités de verre.
Pour les zones les plus intensivement utilisées, le choix s’est porté sur un sol KORODUR réalisé selon la technique « frais sur frais ». Le principe consiste à appliquer une couche d’usure à base de granulats durs sur le béton encore frais. Les deux couches sont ainsi travaillées dans une même phase de réalisation afin d’obtenir un ensemble monolithique. « Le résultat est un sol ultra-résistant à l'usure, doté d'une couche d'usure d'une épaisseur d'environ 10 mm. Nous utilisons pour cela 21 kg de mélange pour couche d'usure par m², alors que les sols lissés à la taloche classique n'en intègrent que 2 à 3 kg/m² », précise Erik Kerkhofs.
Quotidiennement exposés au passage d’engins lourds et au caractère abrasif du verre, les premiers sols réalisés sur le site ont aujourd’hui plus de vingt ans et restent en exploitation.

Cette longévité résume une dimension parfois moins visible de la construction durable. Un sol nécessitant moins de réparations ou un remplacement moins fréquent limite à terme la consommation de nouveaux matériaux, les travaux de rénovation et les interruptions de l’activité industrielle.
« La durabilité commence pour nous par un sol correctement calculé aujourd’hui, correctement exécuté demain et qui peut encore remplir sa fonction dans trente ans », résume Erik Kerkhofs.
Cette logique n’exclut pas la réduction de l’impact des matériaux eux-mêmes. L’entreprise prépare notamment l’utilisation de formulations intégrant jusqu’à 20 % de granulats issus de béton recyclé, conformément aux recommandations de Buildwise, et suit l’évolution des nouveaux types de ciment et des bétons géopolymères.

La transition concerne aussi les opérations sur chantier. Kebro prévoit d’intégrer des talocheuses-polisseuses électriques sur batterie afin de remplacer progressivement certains équipements fonctionnant à l’essence.
Il s’agit donc d’agir à plusieurs niveaux : utiliser les matériaux de manière plus rationnelle, faire évoluer leur composition et réduire les émissions liées à la mise en œuvre. Mais le retour d’expérience de HIGH-5 rappelle surtout un principe élémentaire : dans un environnement industriel fortement sollicité, prolonger la durée de service d’un ouvrage constitue en soi un levier concret de durabilité.