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L’architecture en bois, 30 ans de promesses tenues et après ?
Joël Coupez

L’architecture en bois, 30 ans de promesses tenues et après ?

En 1996, 700 candidats bâtisseurs remplissent le Forum de Liège pour notre conférence « Bois et Habitat ». Quinze dates à travers la Wallonie. Un roadshow qui marquera le début d’une révolution architecturale. Trente ans plus tard, où en sommes-nous ?

Les promesses d’alors visaient haut : valoriser les forêts locales, structurer une filière du sylviculteur au préfabricateur et promouvoir une architecture de qualité. Le pari était audacieux. Il a été tenu. La Wallonie a vu naître de nouvelles écritures architecturales qui font aujourd’hui notre fierté d’architecte. Le paradigme a changé : dessiner des lignes ne suffit plus. Il faut concevoir avec la matière pour offrir ce supplément d’âme qui transforme un bâtiment en habitat.

De ce changement sont nées deux révolutions vertueuses. L’ossature bois a permis d’atteindre des performances énergétiques exceptionnelles, dépassant le standard passif pour tendre vers la neutralité carbone. Au Bureau Coupez, nos premières réalisations ont franchi la garantie décennale sans encombre. Vingt ans de confort et de chaleur gratuite : la preuve par l’usage. Parallèlement, la construction bois et biosourcée est devenue le porte-drapeau du développement durable. Ossature bois ou CLT excellent en préfabrication hors site.

La Wallonie existe désormais au niveau de la construction européenne biosourcée, grâce à la compétence des architectes, des charpentiers, des chaînes de production numériques… et des robots industriels recyclés. L’écosystème des clusters CAP construction et écoconstruction y est une pour grande part.

Le succès attire les attaques en coulisse. Les campagnes stigmatisant les surchauffes théoriques de bâtiments légers ou dénonçant l’étanchéité à l’air témoignent du jeu des lobbies. Qui dérange devient une cible.

Soyons lucides : toutes les promesses n’ont pas été tenues. La planète n’a pas fondamentalement changé quand les sections de bois n’occupent que 1,5% du volume d’une construction. La construction bois, même partiellement industrialisée, n’est pas parvenue à être plus économique que le bloc de béton traditionnel. La construction sèche préfabriquée et assemblée en dix-huit heures n’a pas réduit la durée totale des chantiers à moins de trois mois. Entre lobbies et mensonges de conviction, la réalité économique reste têtue.

La voie d’avenir ? La conception architecturale paramétrique intégrée dans la chaîne de valeur de la filière matérielle. Concevoir avec la matière, plus que jamais.

La Donation Royale de Belgique nous a récemment confié un projet d’exception : une tour canopée de plus de cinquante mètres utilisant exclusivement du bois local de l’arboretum. Un escalier intérieur mène de la terre à la lumière filtrée, à la vue sur la canopée. La descente s’effectue par un escalier contrebalancé extérieur. Une coque mince de dix centimètres à double courbure, composée uniquement de voliges de bois thermo traité, assure la stabilité de l’ensemble. Un pari fou, une ingénierie poétique. Le modèle matériel et les calculs permettent d’enlever l’excès de matière pour cette lumière filtrée où la matière dialogue avec la lumière.

L’investisseur privé français s’est désisté. Qui relèvera le gant de financer une architecture poétique et biosourcée d’exception, unique et démonstrative ?

Joël Coupez
ingénieur civil Architecte,
fondateur Bureau Coupez & Associés Architectes srl
co-fondateur Bois & Habitat et cluster CAP Construction asb

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