Le secteur du bâtiment est en pleine mutation. Alors que la neutralité carbone est visée pour 2050, les choix de matériaux présentent des enjeux politiques, économiques et écologiques majeurs. Dans un récent podcast consacré à la construction durable en Wallonie, Aurore Leblanc (Ligne Bois) et Pierre-Antoine Cordy (WOW Engineering) ont partagé leurs expertises sur le choix stratégique du bois, matériau ancestral qui s’impose aujourd’hui comme technologie de pointe.
Le secteur de la construction est responsable de 30 à 40 % des émissions mondiales de CO2. Face à ce constat, le bois offre un avantage compétitif unique : la capture de carbone. Contrairement au béton ou à l’acier, dont la production est énergivore, le bois stocke le dioxyde de carbone accumulé durant la croissance de l’arbre.
« Le bois, lorsqu’il croît, va emmagasiner l’équivalent d’une tonne de CO2 par mètre cube… En l’utilisant dans l’habitat, on va emprisonner ce carbone tout au long de la vie du bâtiment, » explique Aurore Leblanc, directrice de Ligne Bois, le Centre d’information sur la construction bois. « Cette capacité de stockage transforme chaque bâtiment en un véritable réservoir de carbone, répondant directement aux exigences du Green Deal européen. »
La forêt wallonne, gérée durablement, est donc prête pour cette demande croissante, offrant une solution concrète à l’urgence climatique, tout en soutenant l’économie régionale.
Pour Pierre-Antoine Cordy, managing director de WOW Engineering, le rôle de l’ingénieur est crucial mais souvent sous-estimé dans le débat climatique. Il rappelle que la structure d’un bâtiment représente à elle seule environ 10 % des émissions mondiales de CO2, soit quatre fois plus que le secteur aérien.
« L’ingénieur structure a 10 % du poids carbone dans ses mains. C’est monumental… Le matériau bois est le levier le plus important qu’on a entre nos mains car c’est l’un des seuls qui permet de stocker le carbone, » souligne-t-il.
Chez WOW Engineering, cette conviction s’est traduite par des projets d’envergure, notamment avec la Gare Maritime sur le site de Tour & Taxis à Bruxelles. Ses 45 000 m² de structures en bois prouvent que le bois n’est plus réservé à la maison unifamiliale mais peut répondre aux exigences de chantiers industriels massifs grâce à sa légèreté et sa rapidité de mise en œuvre.


Malgré ses atouts, le bois souffre encore de clichés tenaces concernant sa durabilité ou sa réaction au feu. Pourtant, il offre une excellente résistance face aux incendies et une longévité prouvée par des siècles d’architecture.
Sur le plan financier, si un surcoût de 3 à 10 % est parfois évoqué à la construction, Aurore Leblanc invite à une analyse du cycle de vie global. « L’utilisation du bois offre de nombreux avantages : avec la préfabrication, il réduit la durée des chantiers et les nuisances, sa légèreté permet de faire des économies sur les fondations, surtout en rénovation urbaine, mais aussi, un bâtiment durable est un actif beaucoup plus pérenne. Il ne faut pas penser uniquement au coût de construction… il faut avoir une vision beaucoup plus globale, » précise-t-elle.
L’avenir ne sera pas 100 % bois, mais passera par la mixité constructive. Le bois excelle notamment dans la rénovation lourde et les surélévations, comme l’illustre le projet du Boulevard Pacheco à Bruxelles, où un ancien ‘bunker’ en béton a été transformé et agrandi grâce à des structures bois légères.
Pour que cette transition s’accélère en Wallonie, les deux experts s’accordent sur un point : la formation. « Il est impératif que les cursus d’architecture et d’ingénierie intègrent davantage la technicité du bois pour que les concepteurs de demain puissent exploiter pleinement ce matériau vivant, durable et local. »