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Un bâtiment scolaire en blocs de terre crue compressée
La nouvelle école permettra de répondre aux exigences énergétiques actuelles, d’apporter plus de fonctionnalités et d’augmenter la capacité d’accueil de 200 à 300 élèves. (image : Altiplan)

Un bâtiment scolaire en blocs de terre crue compressée

Première wallonne

Après une pose symbolique de la première pierre le 9 avril dernier, le chantier de l’école communale d’Outre-Meuse à Huy a débuté. Le projet consiste en la démolition des anciens bâtiments datant de 1970 et en la construction d’un nouveau bâtiment répondant aux nouvelles normes en matière d’établissement scolaire. Le projet est subsidié à concurrence de 6,4 millions € par la FWB, grâce aux fonds du Plan de relance et de résilience européen. La réduction de l’empreinte environnementale est à l’ordre du jour, avec une première wallonne en prime : le recours, à grande échelle (environ 300 m3 pour une surface de 2100 m2), à des blocs en terre crue compressée produits par BC Materials en remplacement des blocs de construction classiques en béton ou terre cuite.

Les travaux de construction de la nouvelle école (2600 m2 bruts en R+1) ont été planifiés en plusieurs phases afin de garantir la continuité de l’enseignement. Dans un premier temps a eu lieu la déconstruction d’une partie des anciens bâtiments. La première phase consiste en la construction des salles de cours et locaux administratifs de la nouvelle école. Dès que les élèves et le personnel enseignant auront pris possession des locaux fraichement érigés, le dernier bâtiment sera démoli, suivi de la construction de la salle de gym et des vestiaires annexes. Le chantier devrait s’étendre jusqu’en juin 2026. Au moment d’écrire ces lignes, le gros œuvre est en cours d’achèvement, la presque totalité des blocs déjà livrés ayant été posée.

La terre crue comme évidence

Nicolas Coeckelberghs, Cofondateur et Directeur commercial de BC Materials : « Nous sommes spécialisés dans le développement et la production de matériaux de construction à partir de terre excavée, convaincus des avantages qu’ils peuvent apporter par rapport aux matériaux cuits, en termes d’émissions de CO2 notamment. Le bloc de terre compressée qui a été choisi par les architectes pour ce projet est notre produit le plus techniquement abouti, proche de l’obtention d’un ATG, après être passé par toute une batterie de tests. »

Isaline Lecomte et Thibaut Piraux, architectes chez Altiplan, expliquent comment ce matériau naturel s’est imposé comme une évidence et pourquoi il a été prescrit pour l’école hutoise : « Quand on conçoit un projet scolaire, on essaie de recourir à des matériaux naturels, biosourcés, ce qui pousse à relever le défi de leur utilisation.  La visite du site de production de Léém a été déterminante : la terre crue, issue d’un procédé local, peu énergivore, naturel et recyclable, s’est révélée parfaitement adaptée. Ce qui a été confirmé par nos calculs avec le logiciel TOTEM. » Sans compter le confort que le matériau procure aux utilisateurs du bâtiment : il régule naturellement le taux d’humidité, ne dégage aucune substance nocive et contribue ainsi à une atmosphère intérieure saine. Architectes et maître d’ouvrage ont également été convaincus par son inertie ainsi que par ses qualités acoustiques, cruciales dans une école. Thibaut Piraux ajoute : « C’est également un matériau chaleureux, que nous avons choisi de ne pas enduire, le laissant apparent dans un esprit de minimalisme constructif – également dans un but pédagogique avec une lecture claire de la structure du bâtiment. »

Un bâtiment scolaire en blocs de terre crue compressée 3
Les vertus de la terre crue pour la construction vont du bilan carbone à la santé, en passant par l’acoustique.

Système constructif et mise en œuvre

Pour l’école Outre-Meuse, le bloc de terre compressée est mis en œuvre en remplissage d’un système poteau-poutre en béton pour permettre l’évolution du bâtiment dans le futur, il n’est donc pas porteur. Un joint mortier-terre ton sur ton d’une épaisseur d’un centimètre a été prescrit afin de reprendre les petites irrégularités des blocs. Il rend la déconstruction possible sans abîmer ces derniers. Les façades sont revêtues d’un système de tuiles en céramique fixées sur une structure bois, le tout sur isolant. Le bloc n’étant, à ce jour, pas couvert par un agrément technique belge, des tests in situ de résistance à l’arrachement des fixations du bardage ont été menés, permettant de valider leur mise en œuvre. 

Nicolas Coeckelberghs précise : « Le bloc en terre compressée permet d’ériger une construction porteuse ou non porteuse. Il n’a pas été développé pour devenir une brique de façade mais peut supporter quelques intempéries en cours de chantier car il est stabilisé avec 3,8% de ciment recyclé pour lui offrir une résistance aux éclaboussures. »

Une première pour l’architecte et l’entreprise

C’est la première fois qu’Altiplan prescrivait ce type de bloc. Une première partagée par l’entreprise Moury, qui a dû s’adapter aux particularités du matériau. Pour faciliter la prise en main, BC Materials a dispensé une formation destinée à assurer une mise en œuvre correcte dès le départ. Si les méthodes habituelles de mise en œuvre d’un bloc de béton classique sont d’application, l’entreprise a rencontré quelques difficultés pour obtenir un joint uniforme. La couleur de ces derniers peut varier en fonction de la quantité de terre qu’on incorpore au mortier. Au début, des différences de teinte étaient visibles, ce qui a poussé l’entrepreneur à refaire les joints des premiers blocs pour obtenir un aspect général plus homogène.

Un surcoût qui ne pèse pas lourd par rapport aux avantages

Nicolas Coeckelberghs reconnaît que le bloc de terre compressée coûte actuellement environ deux fois plus cher qu’un bloc classique. « L’objectif est de continuer à baisser le prix, grâce à une production – entièrement électrique – de plus en plus importante. Les produits classiques étant tributaire du prix du gaz et des ressources (gravier, sable, ciment), on peut même rêver qu’ils ne deviennent à terme plus chers que nos blocs. » Dans le cas de l’école d’Outre-Meuse, la part des blocs (pose et rejointoyage compris) dans le coût total de construction n’est que de 4,5%, le surcoût s’élevant donc à moins de 2%. Très peu donc en regard des bénéfices pour la santé des enfants, des enseignants… et de la planète ! 

Fiche technique

Maître d’ouvrage
Ville de Huy
Architecte
Altiplan
Entreprise générale
AM Gilles Moury & Bernard Construction

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