Dans de nombreux pays européens, des politiques architecturales ont été mises en place ces dernières années. La France a adopté une loi sur l’architecture dès 1977. Cette thématique s’est renforcée récemment, avec la déclaration de Davos « Vers une culture du bâti de qualité pour l’Europe » en 2018, et le lancement par la Commission européenne en 2021 de l’initiative du « New European Bauhaus ». En Belgique, plusieurs villes et régions se sont montrées très ambitieuses, en matérialisant cette politique architecturale dans des fonctions de Bouwmeester. La Flandre en 1999, la Région bruxelloise en 2009 (mais aussi Anvers, Gand, Leuven, etc). La Fédération Wallonie Bruxelles a une cellule architecture. Mais la Région wallonne n’a pas emboîté le pas à ce stade. Seule la ville de Charleroi s’est dotée d’un Bouwmeester en 2013.
Le Bouwmeester agit de manière différente en fonction des contextes. Souvent, il se matérialise par une équipe pluridisciplinaire, en soutien de maîtres d’ouvrages (publics ou privés) dans le développement de leurs projets : accompagnement dans la définition des projets, aide à la rédaction de cahiers des charges, des bons critères d’attribution, conseils sur les procédures, et suivi. Cet accompagnement peut faire une vraie différence, dans des cas où l’expertise manque en interne, et là où elle existe, il peut faire évoluer les pratiques. A Bruxelles par exemple, la politique architecturale a permis de passer d’un contexte où les architectes étaient souvent désignés sur un critère de prix, à des procédures de concours en deux étapes, où les projets sont bien définis en amont, où l’information sur l’appel circule largement, où les architectes présélectionnés formulent des propositions spatiales rémunérées, qui sont évaluées par un jury indépendant, sur des critères d’attribution clairs. Le tout étant ensuite rendu public. Résultat ? Une meilleure prise en compte des enjeux colossaux qui se présentent aux architectes, et donc un cadre de vie plus qualitatif pour les citoyens et citoyennes.
La fonction de Bouwmeester est remise en question à Bruxelles aujourd’hui. Après 15 ans, elle fait sa crise d’adolescence. Elle a pourtant largement transformé les pratiques, et continue à être indispensable pour élever le niveau de qualité des projets. C’est aussi, plus largement, la place des architectes dans l’écosystème de la gouvernance urbaine qui est ici questionnée. Plus le cadre est clair et transparent, plus la scène architecturale peut s’épanouir, faire place à de nouveaux acteurs, de nouveaux thèmes.
La vraie question qui se pose à nos élus aujourd’hui est de savoir quelle politique architecturale est la plus solide dans un monde confronté à des crises multiples : crise sociale (Comment anticiper l’évolution des modes d’habiter, répondre à la crise du logement, mieux équiper les quartiers ?), crise économique (Comment construire dans un budget restreint ?), crise environnementale (Comment réduire les émissions, réutiliser le déjà là, s’adapter aux épisodes de pluie ou de chaleur intense ?), etc.
C’est de la capacité des pouvoirs publics à répondre à ces questions que dépendra l’habitabilité de nos territoires, et la qualité de notre cadre de vie dans les décennies qui viennent.
Nicolas Hemeleers
co-fondateur du bureau d’urbanisme CityTools