Fermé depuis 2015 à la suite de problèmes de sécurité liés à la dégradation du bâtiment, le Grand Théâtre de Verviers poursuit aujourd’hui sa renaissance. Ce chantier d’envergure, dont le coût global avoisine les 50 millions d’euros, vise à redonner vie à l’un des lieux culturels les plus emblématiques de Wallonie tout en l’adaptant aux exigences actuelles. Une mission menée par l’association momentanée Wust (BESIX) – Denys , comme l’expliquent ensemble les responsables de projets Wim Colpaert (Denys) et Pol Bartholomé (Wust).
La rénovation de ce bâtiment emblématique vieux de 135 ans est aujourd’hui entrée dans une phase charnière. Après deux années de travaux, le gros œuvre est achevé, l’extension est pratiquement fermée et les premières opérations de restauration intérieure sont en cours. L’objectif est désormais de finaliser le chantier à l’été 2027 afin de permettre une réouverture au public pour la saison culturelle 2028-2029.

Pour mener à bien un projet aussi complexe, les deux entreprises ont choisi de mutualiser leurs expertises. L’association intégrée repose sur une répartition équilibrée des responsabilités, chacun apportant un savoir-faire spécifique.
« Denys dispose d’un département restauration qui recherche ce type de chantiers patrimoniaux, tandis que Wust apporte notamment son expérience du gros œuvre et des équipes locales spécialisées », explique Wim Colpaert, responsable du chantier.
Cette complémentarité s’est notamment révélée précieuse pour la réalisation de la nouvelle extension du théâtre, dont les éléments structurels ont été réalisés directement par les équipes de Wust.
Le choix d’un recours maximal à la main-d’œuvre propre constitue d’ailleurs une caractéristique du projet. « Nous avons volontairement privilégié des équipes belges et locales. De cette manière, nous maîtrisons davantage la qualité d’exécution », souligne Wim Colpaert. Les interventions de restauration des décors, comme les peintures, les dorures et les marouflages sont quant à elles sous-traitées à des artisans spécialisés, dont il n’est pas toujours simple d’estimer le rythme de travail.

Comme sur tout chantier de rénovation lourde, certaines découvertes n’ont pu être anticipées malgré les études préalables.
Lorsque les équipes prennent possession du bâtiment en 2024, celui-ci est fermé depuis près de dix ans. L’absence de chauffage, les infiltrations d’eau et le manque d’entretien ont accéléré sa dégradation.
Parmi les principaux imprévus figurent l’évacuation d’environ 300 m³ d’archives accumulées au fil des décennies ainsi que la découverte de mérule dans plusieurs éléments en bois. « Nous avons rencontré davantage d’amiante que ce qui était prévu dans le cahier des charges initial, mais nous n’avons pas découvert de problème fondamental de stabilité ou de fondations », précise Pol Bartholomé.
Selon lui, les estimations réalisées lors de la conception du projet restent globalement cohérentes avec la réalité du terrain, ce qui permet aujourd’hui de maintenir une maîtrise satisfaisante des coûts.

L’un des principaux défis techniques consiste à intégrer les équipements modernes dans une architecture qui n’a évidemment pas été conçue pour les accueillir. L’intégration des installations HVAC constitue sans doute l’exercice le plus délicat. « C’est un peu comme essayer d’installer un moteur d’avion dans une 2 CV », résume Pol Bartholomé.
Les nouvelles exigences de ventilation, renforcées depuis la crise sanitaire, ont nécessité un important travail d’ingénierie afin de faire déployer les réseaux sans altérer les décors historiques. La pose des gaines dans les structures des gradins a notamment demandé plusieurs mois d’intervention et diverses adaptations.
Une autre étape importante concerne la mise en chauffe du bâtiment avant l’hiver prochain. L’arrivée récente des transformateurs électriques de 800 kVA constitue une étape essentielle pour sécuriser le calendrier des finitions et protéger les futurs éléments en bois, les peintures et les décors restaurés.

La restauration patrimoniale mobilise de nombreux acteurs : architectes, spécialistes du patrimoine, Agence wallonne du Patrimoine, artisans et maître d’ouvrage. Chaque intervention nécessite un long processus d’essais et de validation. Les façades illustrent parfaitement cette réalité. Pendant plus d’un an, différentes solutions ont été testées afin de retrouver l’aspect originel de la pierre tout en garantissant la durabilité du traitement retenu.
Les dorures de la salle principale font également l’objet de nombreuses réflexions. « Si nous reproduisions systématiquement toutes les techniques historiques à l’identique, le coût deviendrait rapidement incompatible avec le budget disponible », explique Wim Colpaert.
L’approche retenue consiste donc à adapter certaines méthodes tout en conservant l’apparence et l’esprit des décors d’origine. Plusieurs niveaux de finition sont ainsi étudiés selon les espaces concernés, dans un esprit d’optimisation continue du projet.
La rénovation doit également répondre aux exigences actuelles en matière de sécurité incendie. De nombreuses adaptations ont été réalisées, comme l’instauration d’un compartimentage et l’installation de systèmes de détection, de sprinklers et de dispositifs coupe-feu. Toutefois, comme sur de nombreux bâtiments patrimoniaux, certaines dérogations ont été accordées.
La charpente métallique historique ne sera par exemple pas entièrement mise aux normes en vigueur, une intervention qui aurait nécessité une reconstruction quasi complète de la toiture.
Une étude spécifique a néanmoins démontré que les très nombreuses cages d’escaliers du bâtiment permettaient une évacuation rapide du public. « Les simulations montrent que la quasi-totalité du bâtiment peut être évacuée en quelques minutes », indique Pol Bartholomé.

À terme, le théâtre rénové conservera sa grande salle historique tout en bénéficiant d’une nouvelle extension modulable. La capacité de la salle principale passera d’environ 1200 à 1000 places, conséquence directe de l’installation de sièges plus confortables et répondant aux standards actuels. L’extension offrira quant à elle une seconde salle dont la capacité pourra varier entre 100 et 300 places selon les configurations scénographiques.
L’acoustique constitue également un enjeu majeur. Réputée pour ses qualités avant la fermeture du théâtre, la salle devra retrouver un niveau de performance comparable malgré les transformations opérées.
Les réglages se poursuivront encore plusieurs mois après la réception du chantier afin d’adapter précisément les équipements aux différentes formes de spectacles.
Au-delà des aspects techniques, les deux responsables du projet mettent en avant la dynamique de collaboration qui s’est installée entre tous les intervenants. « Tout le monde tire dans la même direction. C’est quelque chose que je rencontre rarement sur un chantier de cette ampleur », observe Pol Bartholomé.
L’intérêt du public confirme également l’attachement des Verviétois à leur théâtre. Lors des dernières journées Chantiers ouverts, plus de 1400 visiteurs ont participé aux visites guidées organisées sur le site.
Si le calendrier est respecté, le chantier pourrait être réceptionné à l’été 2027. Une période d’environ un an sera ensuite nécessaire pour permettre au Centre culturel de Verviers de prendre possession des lieux, de finaliser les réglages scénographiques et acoustiques et de préparer la programmation.
Le rendez-vous est désormais fixé à l’automne 2028 pour le retour des premiers spectateurs dans un théâtre appelé à redevenir l’un des principaux pôles culturels de Wallonie.
