[00:05] Introduction à la construction bois et aux enjeux climatiques
Stéphanie Diaz Cuenca: Bienvenue dans ce nouveau podcast qui porte sur l’avenir de la construction en Wallonie. Alors aujourd’hui, on aborde un sujet qui prend de plus en plus d’ampleur dans le secteur du bâtiment, c’est la construction bois et son rôle vers un secteur plus durable. Car on le sait, le choix qu’on va poser par rapport aux matériaux et aux méthodes de construction va avoir un impact direct sur l’environnement. Et dans ce contexte, le bois apparaît de plus en plus comme une solution d’avenir. Pour en parler aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir deux personnes, Pierre-Antoine Cordy, qui est cofondateur de WOW Engineering, et Aurore Leblanc de l’ASBL Ligne Bois. Alors merci à tous les deux d’être avec nous en studio aujourd’hui. Pour commencer, Aurore, expliquez-nous ce qu’est Ligne Bois et quel est le rôle de cette organisation dans le secteur de la construction bois.
[00:53] Présentation de Ligne Bois
Aurore Leblanc: Alors bonjour tout d’abord et merci de nous accueillir dans vos studios. Alors Ligne Bois, il a une double fonction. En réalité, à la fois, on est un centre d’information et d’animation au sein de la filière Forêt-Bois wallonne et également un réseau d’entreprises qui compte à ce jour plus de 150 membres.
[01:13] Pourquoi le bois revient au centre des discussions
Stéphanie Diaz Cuenca: Alors aujourd’hui, on parle énormément du bois dans le milieu de la construction. Pourquoi ce matériau revient aujourd’hui fortement dans les discussions autour de la transition du secteur du bâtiment selon vous?
[01:25] Le bois comme réponse aux enjeux climatiques
Aurore Leblanc: Parce qu’il répond quelque part aux grands enjeux du secteur de la construction. On le sait, le secteur de la construction, c’est un secteur qui est très polluant. Il représente à lui seul 30 à 40 % des émissions de CO2. Et donc le bois, en ayant une empreinte carbone relativement faible, va vraiment répondre à cet enjeu climatique et à cette urgence climatique qui fait qu’on doit penser l’habitat différemment. Le bois, pour la petite information, lorsqu’il croît, lorsqu’il grandit, il va emmagasiner l’équivalent d’une tonne de CO2 par mètre cube. Et donc, ça va vraiment être un puits de carbone qui va être très utile. Et quelque part, quand on va en faire usage dans l’habitat, on va emprisonner ce carbone tout au long de la vie du bâtiment. Donc, en soi, il répond déjà à l’urgence climatique. Et par ailleurs, il a besoin de moins d’énergie que le béton ou l’acier, par exemple, pour être transformé. Donc c’est probablement pour ces raisons-là que l’on parle énormément du bois. Aussi, le Green Deal, ce qu’on appelle le Pacte vert de l’Europe, nous contraint à tendre vers une neutralité carbone d’ici 2050. Et donc, on ne pourra pas atteindre cet objectif sans décarboner le bâti. Et ça passe indéniablement par des matériaux comme le bois.
[02:48] Les idées reçues sur la construction bois
Stéphanie Diaz Cuenca: Alors il y a des idées reçues aussi et des clichés autour de ce matériau. Si vous deviez citer une idée reçue sur la construction bois qui vous agace le plus, ce serait quoi?
[02:59] Durabilité, feu et solidité du bois
Aurore Leblanc: Alors bien malheureusement, il en reste encore de multiples. C’est à ça qu’on œuvre, à essayer de lever les idées reçues à l’égard du matériau bois. Je dirais qu’on dit que le bois brûle, que le bois n’est pas durable, que le bois n’est pas solide. Et en soi, oui, effectivement, le bois brûle, c’est un combustible. Par définition, c’est un matériau combustible. On dit qu’il a une mauvaise réaction au feu. Il brûle, bien entendu, mais il a une bonne résistance au feu.
Aurore Leblanc: Je dirais sa durabilité. En fait, ça fait des siècles que l’on construit en bois, bien avant qu’on ne construise en béton et en acier. Et contrairement au fait que, par exemple, je vais vous prendre un petit exemple, vous avez des tunnels, qu’ils soient à Bruxelles ou en Wallonie, qui sont construits en béton. Ils ont été construits dans les années 80–90, il y a une cinquantaine d’années, et maintenant ils nécessitent d’être rénovés pour partie, voire démolis, que ce soit des tunnels ou d’autres choses qui sont réalisées en béton. On ne va jamais remettre en cause la durabilité de ce matériau. Et pourtant, on va le faire à l’égard du bois, alors qu’on construit en bois depuis des siècles. Il y a des réalisations qui sont toujours bien présentes et en excellent état. Donc, on ne peut pas dire que le bois n’est pas durable. Le bois est évidemment durable. Ce n’est pas non plus qu’une question de matériau, c’est aussi une question de qualité de mise en œuvre. Ça, de toute façon, Pierre-Antoine en parlera également. La qualité de mise en œuvre est fondamentale. Évidemment, il ne suffit pas simplement d’avoir un matériau durable.
[04:20] Évolution de la demande pour la construction bois
Stéphanie Diaz Cuenca: Est-ce que vous constatez une évolution de la demande ces dernières années, tant au niveau des particuliers que des entreprises?
[04:28] La commande publique comme moteur
Aurore Leblanc: Oui, on voit évidemment qu’il y a une évolution favorable à l’égard du matériau bois, auprès notamment de la commande publique. On voit que l’on prescrit de plus en plus, ou en tout cas qu’on intègre de plus en plus le matériau bois dans les marchés publics. Et c’est un effet d’entraînement qui est tout à fait positif parce qu’au plus on va tendre vers ça, au plus ce sera crédible pour le secteur. Et la promotion immobilière va donc aussi adopter les mêmes systèmes constructifs que ceux qu’elle peut voir au niveau des institutions publiques. Et le grand public aussi. Ça va donner de la crédibilité au matériau. Et on voit un engouement certain ces dernières années. Mais donc, attention quand même à la qualité de mise en œuvre qui reste fondamentale pour éviter des mauvaises surprises par la suite.
[05:07] Le rôle des ingénieurs dans la transition du bâtiment
Stéphanie Diaz Cuenca: Alors Pierre-Antoine, chez WOW Engineering, vous avez une approche très engagée sur les questions climatiques. Selon vous, quel rôle les ingénieurs peuvent-ils jouer dans la transition du secteur du bâtiment?
[05:25] Le poids carbone de la structure des bâtiments
Pierre-Antoine Cordy: Bonjour, donc merci aussi pour l’invitation. Et oui effectivement, au sein de WOW Engineering, on a mis cette question centrale de l’impact carbone qu’un ingénieur structure a.
Pierre-Antoine Cordy: Pour illustrer le propos, on peut chiffrer cela. C’est très peu connu du public et du secteur de la construction, des ingénieurs voire des architectes. Aurore l’a cité, le poids carbone de la construction, c’est environ 37 %, on dit entre 30 et 40, mais pour simplifier ici je vais prendre 40 %. Une construction, on parle de carbone incorporé, donc c’est le carbone qui est lié à la construction, au prélèvement de la matière première, à sa transformation puis à sa mise en œuvre. Une construction, c’est 50 % de carbone incorporé et dans ce carbone incorporé, on a tendance à dire que c’est plus ou moins 50 à 60 % qui est lié à la structure. Donc, par déduction, si on part de 40 % d’émissions de CO2 à l’échelle mondiale, on en retire 50 % pour le carbone incorporé, on en retire 50 % pour la structure, on arrive à 10 % d’émissions globales mondiales qui sont liées à la structure des bâtiments. Donc, un ingénieur structure a 10 % du poids carbone dans ses mains. C’est monumental, en fait.
Pierre-Antoine Cordy: Pour donner un petit exemple, si on prend le secteur aérien, on est à 2,5 % du poids carbone mondial. Donc on a tendance, par exemple, à cibler le transport aérien, alors qu’un ingénieur structure a quatre fois plus d’impact que le transport aérien. Donc on a tendance à cibler des domaines et à ne pas se rendre compte qu’un des domaines primordiaux, c’est la construction. Donc oui, l’ingénieur structure a un rôle sociétal énorme et on a tendance à ne pas le voir.
Pierre-Antoine Cordy: On enseigne dans les universités le fait d’apprendre à calculer, à gérer un projet, mais pas à se projeter sur quel est le rôle sociétal de l’ingénieur. Et donc on pousse à faire des super belles structures, c’est génial, mais derrière ça, quel est l’impact carbone? On met ça un peu de côté. Donc WOW Engineering s’est directement inscrit dans différentes méthodologies de travail pour mesurer comment on agit et comment on conçoit des bâtiments afin de diminuer l’impact carbone de nos projets.
[07:53] La durabilité comme critère central chez WOW Engineering
Stéphanie Diaz Cuenca: Donc la dimension durable fait vraiment partie intégrante des choix techniques que vous posez.
[08:01] Le bois comme levier majeur pour réduire le carbone
Pierre-Antoine Cordy: Tout à fait. Et on a commencé il y a 15 ans avec le bois. Donc le bois est arrivé chez WOW par conviction parce que c’est un bon matériau, parce qu’on savait qu’il avait des vertus écologiques au départ, mais en se focalisant sur le bois. Et plus on avançait dans le temps, plus on s’est rendu compte que notre rôle n’était pas que braqué sur le matériau bois, parce que les leviers d’un ingénieur structure sont beaucoup plus larges qu’uniquement les matériaux bois.
Pierre-Antoine Cordy: Mais le matériau bois est le levier le plus important qu’on a entre nos mains en tant qu’ingénieur structure, parce que c’est, comme Aurore l’a dit, un des seuls matériaux aujourd’hui qui permet de stocker le carbone. Et aussi pour transformer la matière, il demande très peu d’énergie, par rapport au béton et à l’acier par exemple.
[08:44] Le coût de la construction bois
Stéphanie Diaz Cuenca: Aurore, ça reste un matériau compétitif en termes de prix?
[08:49] Le coût global sur le cycle de vie du bâtiment
Aurore Leblanc: Alors c’est vrai que c’est aussi quelque chose que l’on entend. Il faut reconnaître que le coût de construction bois est toujours… Je n’aime pas trop donner des chiffres, mais on parle de l’ordre de 5 à 10 %. Maintenant, au plus on a des performances énergétiques équivalentes entre un bâtiment dit conventionnel fait en béton et un bâtiment réalisé en bois, au plus ce pourcentage s’amenuise. On parle plutôt de l’ordre de 3 à 4 % de surcoût.
Aurore Leblanc: Maintenant, il ne faut pas penser uniquement au coût de construction. Je pense qu’il faut penser au coût du bâtiment tout au long du cycle de vie. Parce qu’il faut savoir que dans la construction bois, on préfabrique énormément les éléments en atelier. Donc, qu’est-ce que ça va avoir comme impact? C’est qu’on va réduire les durées de chantier, on va réduire les coûts aussi. Ça va aussi avoir comme intérêt de réduire les nuisances sonores sur chantier, de pouvoir s’attaquer à des chantiers où il y a une densité immobilière qui est quand même assez importante, de réduire aussi la pénibilité en atelier.
Aurore Leblanc: Et à côté de cela, on va avoir probablement une valeur immobilière qui va être plus pérenne dans le temps puisqu’on va avoir un bâtiment qui répond davantage aux enjeux climatiques, aux enjeux énergétiques actuels et futurs. Aussi, le fait qu’on est sur une durée de chantier plus courte, on va pouvoir occuper le bien plus rapidement ou le mettre en location. Donc, il faut intégrer le tout. Je veux dire, au fond, on parle d’un petit surcoût par rapport à la construction bois, mais qui est quelque part compensé par le fait qu’on va pouvoir occuper ou exploiter le bien beaucoup plus rapidement et qu’il aura probablement une meilleure valeur immobilière en fin de vie.
Aurore Leblanc: Sans compter qu’il est démontable, qu’il est réutilisable. Donc ça, il faut en tenir compte. Donc je dis toujours qu’il faut avoir une vision beaucoup plus globale et pas uniquement axée sur le coût de construction initialement.
[10:46] Le vieillissement et l’entretien du bois
Stéphanie Diaz Cuenca: Et est-ce que c’est un matériau qui vieillit bien aussi? On parlait tout à l’heure de clichés, d’idées reçues. Je pense que c’est quelque chose aussi qui reste présent dans certains schémas de pensée. Le bois, ça vieillit bien? Il faut l’entretenir? Ça demande un effort supplémentaire?
[11:06] La durabilité du bois dépend de sa mise en œuvre
Aurore Leblanc: Alors ça dépend dans les usages. Tout ce qui est bois de structure, dès lors qu’il a été bien mis en œuvre, et c’est quand même un des grands débats actuels, c’est s’assurer qu’il a été correctement mis en œuvre. Notamment, on parle beaucoup de gestion de l’humidité en phase chantier, puisqu’il n’aime pas trop l’eau. Donc il faut être quand même assez soigneux quand on s’attaque au matériau bois et prendre des dispositions. On ne peut pas construire en bois comme on construit en béton, ça c’est une certitude. On en vient d’ailleurs à la notion de connaissance préalable du matériau.
Aurore Leblanc: Après, pour tout ce qui est parements extérieurs, c’est essentiellement ça que j’imagine que vous voulez dire par rapport aux intempéries et autres. Alors, soit on travaille avec des bois qui ont été lasurés, ça peut être aussi des bois qui ont été thermotraités. Donc l’avantage, c’est qu’on peut maintenant progressivement ne plus faire usage de bois exotiques puisqu’on essaie vraiment de travailler avec des essences locales. On parle notamment du robinier qui a tout à fait les propriétés pour pouvoir fonctionner et remplacer des essences exotiques.
Aurore Leblanc: Et donc, il faut être effectivement vigilant, mais le bois a une durabilité dans le temps tout à fait correcte s’il a été correctement traité en amont.
[12:26] Le projet de la Gare Maritime à Bruxelles
Stéphanie Diaz Cuenca: Alors Pierre-Antoine, WOW Engineering a participé à un projet de rénovation de la Gare Maritime à Bruxelles. C’est un projet à caractère innovant et durable, j’imagine. Expliquez-nous en quoi c’était un projet durable.
[12:41] Un projet bois d’une ampleur inédite en Belgique
Pierre-Antoine Cordy: Oui. Donc, pour commencer, ce projet est important pour notre bureau parce que c’est vraiment le projet qui a permis de montrer la capacité à développer des projets innovants et surtout à grande échelle. C’est-à-dire qu’au moment où ce bâtiment a été finalisé, construit, c’était le plus gros projet en construction bois propre, où on battait un peu tous les records en termes de surface, de volume bois.
Pierre-Antoine Cordy: On parle de 45 000 m² de structure bois, voire d’environ 10 000 m³ de structure bois. Ce sont des chiffres qui sont quand même assez exceptionnels. La première innovation, c’est la taille. La taille du projet, notamment pour un pays comme la Belgique, parce qu’on n’avait pas l’habitude de voir des projets de cette taille-là en structure bois.
Pierre-Antoine Cordy: Il a fallu mettre en place toute une série de façons de construire différentes à travers l’entreprise générale qui a dû s’habituer à travailler avec un intervenant qui prenait presque plus de place que l’entreprise générale parce que le poids de la structure bois était tellement important que c’est devenu le poste primordial de la construction. Il a fallu travailler avec des acteurs internationaux, ce qu’on n’avait pas encore l’habitude de voir en Belgique pour des projets de construction bois, au vu de la taille.
Pierre-Antoine Cordy: Et alors surtout, ce qui était important, c’était de convaincre tous les acteurs. Et en premier, le promoteur, qui n’avait pas une ambition de construire en bois. Son ambition principale, c’était surtout de construire très vite. Et dans un lieu confiné étant donné qu’on est dans un système structurel qu’on appelle le « box in the box », c’est-à-dire qu’on construit des bâtiments dans un bâtiment.
[14:33] Le bois pour construire vite et léger
Stéphanie Diaz Cuenca: Et donc le bois permettait de répondre à cette ambition-là?
[14:39] Les avantages du bois sur chantier et en fondation
Pierre-Antoine Cordy: Tout à fait. Il permettait de répondre à la rapidité de chantier. Il voulait tout construire en un an. Il faut se rendre compte que 45 000 m² en un an dans le domaine de la construction, c’est tout à fait exceptionnel. Et alors, le fait d’être en milieu contraint, donc en milieu fermé.
Pierre-Antoine Cordy: Et alors, un autre grand avantage qu’on avait, c’était le poids. Donc, le bois est beaucoup plus léger que le béton. Et ici, on était le long du canal à Bruxelles, sur le site de Tour & Taxis. Et le sol n’est vraiment pas bon. Et donc, tous les bâtiments qui sont construits dans ces environs-là travaillent avec des systèmes de fondations profondes, lourdes.
Pierre-Antoine Cordy: Et donc ici, construire en bois permettait de travailler avec des systèmes de fondations beaucoup plus légers et donc ça a permis d’aller aussi très rapidement en phase d’exécution. Donc ça répond énormément, il y a beaucoup de réponses par rapport à toutes les exigences. Donc l’innovation ici, ce n’est pas sur la technique même de la construction bois, parce qu’on a appliqué des systèmes qui sont connus. Il y a quelques innovations, mais c’est vraiment la taille, l’ampleur du projet.
[15:46] Le bois compatible avec les grands projets
Stéphanie Diaz Cuenca: Oui, bel exemple d’un projet d’envergure comme ça, assez inédit en Belgique, et qui montre que le bois, c’est tout à fait compatible avec des gros chantiers, des gros bâtiments tels que celui-ci. Est-ce que vous avez en tête aussi d’autres projets où, à un moment donné, la question du matériau ou de la durabilité a vraiment façonné le bâtiment?
[16:00] Le projet de la Monnaie Royale à Bruxelles
Pierre-Antoine Cordy: Oui, alors notre plus belle réussite, notre plus beau projet qui illustre ces propos, c’est le bâtiment qu’on vient de réceptionner il n’y a pas longtemps de la Monnaie Royale à Bruxelles, boulevard Pacheco. Pourquoi ce projet reflète bien les propos? C’est tout d’abord un bâtiment des années 60. C’était un bunker de béton. C’est là où on frappait la monnaie en Belgique il y a encore quelques années.
Pierre-Antoine Cordy: Et le promoteur Befimmo a acquis ce bien avec l’ambition de développer un programme mixte. Et étant donné qu’on avait affaire à un bunker, c’est-à-dire un bâtiment complètement fermé avec des murs hyper épais, c’est comme une salle de coffre-fort, l’idée était de dire: on ne sait pas transformer ce bâtiment-là, on le rase et on recommence un nouveau bâtiment.
Pierre-Antoine Cordy: Pour différentes raisons que je ne vais pas évoquer ici, puisque le parcours a été très long, ce scénario de démolition-reconstruction a dû être annulé. Et là, on s’est dit que ce n’est pas grave, on prend le problème à bras-le-corps. Aujourd’hui, de toute façon, on doit arriver à utiliser le bâti existant et pas le mettre par terre d’office. C’est une question essentielle. Si on met tous les anciens bâtiments par terre, le poids carbone de la construction ne fera qu’augmenter. Donc du coup, il faut composer avec.
Pierre-Antoine Cordy: Et en fait, la rénovation lourde et le bois, ce sont deux bons alliés. Parce qu’ici, en l’occurrence, il fallait remettre de nouveaux planchers, de nouvelles surfaces à l’intérieur. Là où on frappait la monnaie à l’époque, c’étaient des grandes hauteurs sous plafond. Donc on pouvait remettre tout un niveau de plancher. On peut remettre un niveau de plancher en bois, c’est très léger. On doit remettre un étage en bois et en fait ça permet de non seulement maintenir un bâtiment existant et le remettre sur le marché, le transformer, l’améliorer et mixer le béton et le bois.
Pierre-Antoine Cordy: Et donc du coup, on gagne sur tous les fronts. On ne remet pas du nouveau carbone en maintenant le bâtiment existant et on arrive aussi à le transformer et à l’améliorer en amenant du bois dedans et des nouveaux matériaux biosourcés qui stockent le carbone. Donc le pari est doublement gagné.
[18:24] Le bois pour alléger et transformer les bâtiments existants
Stéphanie Diaz Cuenca: Tout à fait. Donc ça met en exergue finalement encore un autre avantage de ce matériau bois qui permet justement aussi de refaçonner certains bâtiments existants en amenant, je vais dire, un côté plus durable et moins lourd dans tous les sens du terme. Oui, Aurore a envie de réagir.
[18:43] Le rapport résistance-poids du bois
Aurore Leblanc: Oui, parce qu’en fait, je trouve qu’il y a un élément qui est intéressant, c’est le rapport résistance-poids qu’a le bois. C’est un matériau qui est léger, il est cinq fois plus léger que le béton et jusqu’à quinze fois plus léger que l’acier, mais en même temps il a une excellente résistance, il peut supporter des charges conséquentes.
Aurore Leblanc: Donc il va s’adresser à des projets de rénovation, notamment au niveau même des fondations. On n’a pas besoin d’avoir des fondations aussi importantes que pour d’autres matériaux. Et à Pacheco, on est un exemple aussi. Bon, ça, ce n’était pas par rapport à une… C’était plus une surélévation, je pense, notamment. Mais le bois a vraiment son rôle à jouer également par rapport à cela.
[19:23] Les freins au développement de la construction bois
Stéphanie Diaz Cuenca: Et quand on regarde la situation actuelle en Belgique, quels sont, selon vous, les principaux freins au développement de la construction bois?
[19:34] Les idées reçues, la culture et le manque de formation
Aurore Leblanc: Il y a déjà les idées reçues, on l’a dit. Il faut vraiment lever ces idées reçues que l’on a et qui sont liées à la méconnaissance du matériau. C’est à ce à quoi on œuvre, à la fois les entrepreneurs mais également les acteurs de promotion tels que Ligne Bois au sein de la filière.
Aurore Leblanc: Il y a aussi un problème, en plus c’est culturel et c’est humain, on a tendance souvent à utiliser ce que l’on connaît. Donc on a toujours fait comme ça, on va continuer à faire comme ça. C’est rassurant, que ce soit même pour les pouvoirs publics, la maîtrise d’ouvrage publique ou privée, les promoteurs. D’où l’importance d’avoir un soutien des institutions publiques parce qu’elles vont donner un signal fort favorable à l’usage du matériau.
Aurore Leblanc: Et puis, on en parlait, il y a la notion de formation. Ça c’est quand même un point important. Il faut des connaissances bien entendu, que ce soit au niveau de la conception ou de la mise en œuvre. Et la difficulté que l’on rencontre en Belgique, c’est le fait que dans les cursus d’architecture et voire d’ingénierie aussi, on ne parle pas assez du matériau bois. Et donc évidemment, à un moment donné, les concepteurs, les prescripteurs, quand ils arrivent sur le marché, ils ont une méconnaissance du matériau, ils ne vont pas avoir tendance à l’exploiter.
Aurore Leblanc: Et ce qui est vraiment spécifique à la construction bois, c’est que systématiquement, les entrepreneurs bois retravaillent les plans, ce qui n’est pas du tout le cas chez un entrepreneur général. Un architecte arrive, il présente ses plans, il y a des points d’attention qui vont être apportés, mais on ne recalcule pas tout. Ici, une entreprise bois va systématiquement le faire, ce qui est tout à fait particulier et ce qui renvoie effectivement l’image qu’il y a un problème de formation en amont. Et si on en parlait davantage dans les cursus, probablement que ça ferait évoluer dans le bon sens la construction bois et les parts de marché.
[21:25] La disponibilité de la ressource bois
Stéphanie Diaz Cuenca: Oui, donc on l’a bien compris, la désinformation est là, fait partie du problème, mais quid de la disponibilité de ce matériau? Imaginons demain, les mentalités changent et on déconstruit tous les clichés dont on a parlé. Est-ce que c’est un matériau qui peut répondre à la demande?
[21:46] La gestion durable des forêts et la ressource locale
Aurore Leblanc: Alors, ça c’est aussi une bonne question. La ressource, elle est là, je dirais, à l’heure actuelle. L’idée, on n’est pas des ayatollahs du bois non plus. Je veux dire, on n’a pas dit que le bois, on devait le mettre partout pour tous les projets systématiquement. D’ailleurs, les enjeux futurs, c’est aussi de travailler avec la mixité des systèmes constructifs et des matériaux. Le béton et l’acier ont tout à fait leur intérêt également dans tous les projets. Donc ça, je pense que Pierre-Antoine pourra le confirmer et apporter son apport technique à ce propos.
Aurore Leblanc: Donc on ne va pas construire 100 % bois. Ça, c’est déjà une vérité. On aimerait que les parts de marché augmentent. Après, on parle aussi souvent, on associe la forêt – ça c’est surtout depuis la phase Covid où les gens sont allés un peu se recueillir en forêt. Je rappelle quand même que la forêt a une triple fonctionnalité. Je veux dire, elle a trois fonctions principales. Elle a une fonction récréative, donc l’idée étant effectivement d’aller s’y ressourcer et de profiter des bienfaits de la forêt, et c’est capital. Elle a une fonction écologique, notamment ce puits de carbone, et puis elle a une fonction économique.
Aurore Leblanc: Et ça, c’est un levier important, parce que la filière bois, c’est 8 000 entreprises, c’est 18 000 emplois directs, donc ça pèse lourd quand même dans le paysage économique. Et donc, il faut aussi en tenir compte. À l’heure actuelle, en résineux en tout cas, on prélève ce que la forêt produit. En feuillus, on est même en deçà. On prélève 60 à 80 % de l’accroissement naturel des forêts. Et globalement, à l’échelle de la Belgique mais de la Wallonie, la forêt croît plus que ce qu’on va chercher comme ressource.
Aurore Leblanc: Sans compter qu’à côté de cela, on ne travaille qu’avec, en tout cas à notre échelle, au niveau des forêts proches et des essences indigènes. Bien sûr, je ne parle pas de la forêt subtropicale et autres, je m’en tiens à des filières locales. Et bien on travaille avec des forêts qu’on dit certifiées, qui sont gérées, donc certifiées FSC ou PEFC, essentiellement PEFC sur nos territoires. Et donc ça veut dire qu’elles sont gérées durablement. Quand on extrait de la ressource, on replante derrière. Donc il faut, de nouveau, c’est une idée reçue, on n’est pas du tout dans une notion de déforestation, mais il ne faut pas sanctuariser non plus la forêt. La forêt, elle a toutes ses utilités aussi.
[24:08] L’évolution des mentalités dans le secteur
Stéphanie Diaz Cuenca: Alors Pierre-Antoine, d’un point de vue d’un bureau d’ingénierie, est-ce que vous sentez que les mentalités évoluent quand même?
[24:16] Une professionnalisation progressive du secteur
Pierre-Antoine Cordy: Oui et tant mieux parce que, par exemple, à notre niveau, on a commencé en 2013, donc il y a 13 ans, en se disant qu’il faut pousser cette filière dans la construction. J’entends par là pas la maison parce que la maison, on en faisait déjà, mais notamment la commande publique, essayer de faire plus d’écoles, plus de crèches, plus de bâtiments multilogements, des bureaux, donc des projets plus de masse.
Pierre-Antoine Cordy: Donc il y a 13 ans, on n’était vraiment pas très bien équipés en Belgique pour prendre à bras-le-corps ce genre de projet, au niveau de la conception, au niveau de l’exécution, au niveau des reprises et de la filière de manière globale. Et à notre niveau, on pense qu’on a essayé d’être un des moteurs, un des acteurs il y a 13 ans.
Pierre-Antoine Cordy: Et pendant une bonne dizaine d’années, on s’est dit qu’on ramait un peu seuls dans notre direction. Mais aujourd’hui, non. Aujourd’hui, on voit vraiment que ça commence à prendre de l’ampleur, que des projets sortent, que les architectes s’y intéressent, les acteurs publics aussi. Et cet effet de masse va faire que ça va devenir de plus en plus naturel.
Pierre-Antoine Cordy: Et les a priori dont parle Aurore vont se gommer un petit peu au fur et à mesure, même si, et de toute façon c’est propre à chaque matériau, chaque matériau a des avantages et des inconvénients. Donc on ne va pas tout gommer, mais on peut lisser un petit peu plus. Et c’est ce qui est en train de se passer. Je pense que les acteurs, que ce soit de la conception, de la production, de la construction, tout le monde commence à se professionnaliser. Et donc ça, c’est très bien. Donc on voit que ça évolue et c’est très bien.
Pierre-Antoine Cordy: Après, il peut y avoir aussi le risque qu’il y ait un peu d’opportunisme derrière. C’est-à-dire que les gens disent que la construction en bois, c’est assez facile et ça ne demande pas beaucoup de compétences, ce qui n’est pas vrai. C’est un matériau qui demande des connaissances parce que c’est un matériau qui est vivant par rapport à d’autres matériaux comme le béton et l’acier. Et donc du coup, il faut savoir comment se comporte ce matériau pour bien le mettre en œuvre. Voilà, l’opportunisme, il faut faire aussi attention.
[26:33] Les évolutions positives et les blocages persistants
Stéphanie Diaz Cuenca: Et d’après vous, Aurore, qu’est-ce qui évolue et qu’est-ce qui est bloquant encore par rapport à ce choix de matériau?
[26:39] Des projets plus variés et le bien-être apporté par le bois
Aurore Leblanc: Ce qui évolue, on le dit, c’est qu’on est sorti de la maison unifamiliale. On a une typologie de projets qui est beaucoup plus vaste. On voit des bâtiments tertiaires, des logements collectifs, des écoles, des crèches, des gares.
Aurore Leblanc: Sachant que, notamment par rapport même à des homes ou des crèches, on sait que le bois, ce n’est pas simplement une idée reçue favorable pour le coup, mais il y a des études qui ont été menées. Il va vraiment contribuer à diminuer le stress et à faire qu’on se sente bien dans le lieu, parce qu’il y a ce qu’on appelle la connexion à la nature, la biophilie.
Aurore Leblanc: Et donc en ça, c’est aussi un élément dont on ne parle pas beaucoup, mais qui a quand même toute son importance, parce qu’on le voit, que ce soit les maîtres d’ouvrage publics ou privés, ils sont de plus en plus attentifs à travailler avec des matériaux qui ont un impact environnemental faible, mais ils vont aussi être attentifs à la qualité des espaces de vie. Et donc ça, on voit que le bois joue aussi en faveur de cette attention qui est apportée de plus en plus.
Aurore Leblanc: Et dans les éléments bloquants, peut-être un petit peu une notion de coût, mais de nouveau qui est lissée, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, surtout par rapport à la durée de vie du bâtiment et puis effectivement des a priori. Je pense qu’il faut faire évoluer le cadre réglementaire. Le cadre réglementaire par rapport au feu, par rapport à l’acoustique, n’est pas toujours approprié à la construction bois puisqu’il reste cantonné à d’autres systèmes constructifs et ça, il faut le faire évoluer également.
[28:27] Le rôle des pouvoirs publics
Stéphanie Diaz Cuenca: Est-ce que les pouvoirs publics ont un rôle à jouer aussi pour qu’il y ait plus d’incitants encore pour ce type de matériaux-là? Pierre-Antoine?
[28:37] Les critères durables dans les marchés publics
Pierre-Antoine Cordy: Oui, tout à fait. On voit que depuis quelques années, certains acteurs publics mettent des critères dans les cahiers des charges pour les appels d’offres, mais ce n’est pas systématique. Après, ce n’est pas évident d’écrire un cahier des charges en disant qu’on met en avant un matériau plutôt qu’un autre. C’est vrai que ce n’est pas très neutre, mais en même temps, les pouvoirs publics doivent réfléchir, répondre à la problématique de demain, c’est-à-dire le climat, parce que c’est une question sociétale.
Pierre-Antoine Cordy: Aujourd’hui, si on prend en considération les morts dues à la pollution, elles sont bien plus élevées que toutes les autres morts dont on peut parler. Mais on n’en parle pas. On parle de cancer, on parle de plein d’autres choses, mais les morts dues à la pollution sont bien plus importantes si on met ça d’un point de vue statistique.
Pierre-Antoine Cordy: Donc, par exemple, les pouvoirs publics doivent réfléchir aussi. On parle de normalisation, donc de rendre les normes plus strictes au niveau de l’acoustique, au niveau du feu. Et c’est sûr que parler de la mort d’une personne, c’est compliqué. Mais si on prend par exemple les morts dues à un incendie, c’est quasi rien par rapport aux morts dues à la pollution. Il faut pouvoir se positionner. C’est un exercice qui est très difficile et les pouvoirs publics doivent réfléchir à ça.
Pierre-Antoine Cordy: Effectivement, même si ce n’est pas très neutre de dire qu’on favorise un matériau plus qu’un autre, malgré tout on doit réfléchir à comment construire durablement pour l’avenir de l’être humain. Et donc du coup, mettre des matériaux biosourcés, mettre des matériaux durables dans des critères de choix de sélection pour un marché public, ça devient important.
Pierre-Antoine Cordy: Là, les acteurs ont quelques leviers qu’ils peuvent activer et il y a surtout d’autres leviers qu’ils pourraient activer si par exemple il y a des engagements européens qui doivent ou qui devraient arriver mais qui mettent du temps. Mais malgré tout, on voit quand même quelques prémices, des fois de manière un peu maladroite, parce qu’on a déjà gagné des marchés publics où on dit un petit peu: « oui, il faut que ce soit durable », mais sans vraiment objectiver. Et c’est ça qui fait toute la magie. Des fois, il n’y a pas d’élément objectivable et on gagne en disant oui, parce que le prescripteur, le concepteur a mis le matériau bois en avant dans l’appel d’offres. Et ce n’était pas vraiment mis ou alors de manière un peu maladroite.
Pierre-Antoine Cordy: Des fois, c’est explicitement mis. Et alors là, on peut commencer à objectiver, mais finalement, on se rend compte que les équipes qui gagnent, ce ne sont peut-être pas celles qui allaient le plus au bout des choses. On doit trouver des méthodologies pour mettre ça en place dans les marchés publics. Mais il y a des choses qui se passent malgré tout. Ça reste encore minime.
[31:37] Des évolutions encouragées par l’Europe
Stéphanie Diaz Cuenca: Mais ça bouge quand même.
[31:38] Le Green Deal et l’évolution des réglementations
Pierre-Antoine Cordy: Mais ça bouge.
[31:39] L’intégration des matériaux bas carbone dans la réglementation
Aurore Leblanc: L’Europe a quand même un souffle des choses assez positives, notamment par rapport au Green Deal. On parle aussi de taxonomie, de fiscalité qui sera plus favorable pour les entreprises qui seront attentives à avoir des bâtiments à empreinte carbone moins importante. Le DNSH et puis d’une PEB aussi qui va intégrer davantage la notion d’usage de matériaux bas carbone. Parce que la PEB finalement, elle peut être aussi favorable que ce soit pour un bâtiment en bois ou un bâtiment en béton.
Aurore Leblanc: Mais par contre, en intégrant ce critère d’évaluation supplémentaire. On parle d’une mise en application à partir du 1er janvier 2027 pour des bâtiments de plus de 1 000 m². On intégrera ce critère PRP dans la PEB, et puis à partir de 2030 pour tous les bâtiments.
Aurore Leblanc: Sans dire que je sais si on va vraiment favoriser le bois, mais en tout cas c’est une manière de favoriser les matériaux qui sont plus respectueux de l’environnement. Et le bois en fait partie, il y en a d’autres aussi. Et donc, je pense que l’Europe insuffle vraiment quelque chose qui est assez stimulant pour même nos autorités.
[32:57] Imaginer la construction wallonne de demain
Stéphanie Diaz Cuenca: Et si on continue à se projeter dans l’avenir, si vous deviez imaginer la construction en Wallonie dans 10 ou 20 ans, comment est-ce que vous verriez les choses, Aurore?
[33:09] Sobriété, durabilité et co-conception
Aurore Leblanc: Alors je la verrais en imaginant une construction peut-être avec une certaine sobriété aussi, parce qu’il y a aussi des choses qu’on doit faire évoluer, et ça évolue dans ce sens-là aussi, c’est de travailler en co-conception dès le démarrage, en mettant toutes les parties prenantes autour de la table, pour aussi essayer d’envisager, parce qu’on parle du bois et on est évidemment des fervents convaincus, mais l’idée, ce n’est pas non plus d’avoir une utilité de matière exagérée. Donc, en fait, on doit faire aussi l’économie de matière. Ça passe par là aussi, en utilisant même d’autres matériaux, la mixité, on l’a dit.
Aurore Leblanc: Et donc, c’est d’avoir une certaine sobriété, de penser les bâtiments pour une longue durée, parce qu’est-ce qu’ils vont être déconstruits, réutilisés, réemployés? Donc oui, bien sûr, l’usage du matériau bois, mais avoir un bâti qui soit peut-être avec plus de sobriété, plus de durabilité, faire évoluer les mentalités et puis faire évoluer les systèmes constructifs dans le bon sens. Donc je le verrais comme ça.
Aurore Leblanc: On parle de 10 à 11 % de parts de marché par rapport à la construction, sachant que c’est tout ce qui est bois d’œuvre, puisque c’est basé sur les permis de construire. Il faut aussi quand même intégrer tous les éléments de parachèvement ou bien d’aménagement intérieur, etc., qui font usage de bois et qui font aussi vivre une économie locale. Mais je pense qu’on peut aller beaucoup plus loin dans ce sens-là. Là, je suis convaincue que nous évoluerons vers une construction en Wallonie plus responsable, plus durable, plus sobre aussi, mais en faisant toujours usage du matériau bois et des autres biosourcés.
[34:56] Les ressources locales et les matériaux biosourcés
Pierre-Antoine Cordy: Peut-être compléter, parce que je suis tout à fait d’accord avec Aurore. Et dans la sobriété, j’amènerais une notion supplémentaire qui est le côté local. Parce que le bois, on en parle, mais il y a le bois qu’on produit, il y a le bois importé aussi, parce qu’il y a beaucoup de matériaux d’ingénierie bois qui sont produits chez des gros industriels, notamment dans des pays de l’Est, l’Allemagne, l’Autriche ou des pays nordiques.
Pierre-Antoine Cordy: Mais je pense que la Wallonie a énormément de ressources, et on parle de biosourcés, donc le bois, ça certainement, du feuillu, du résineux, qu’on peut exploiter de manière locale et peut-être moins le transformer et le mettre en application dans des réseaux directs depuis la scierie directement vers le chantier en évitant les grandes transformations.
Pierre-Antoine Cordy: Et alors au-delà du matériau bois, il y a d’autres ressources. On parle des ressources biosourcées mais aussi des ressources géosourcées. En Wallonie, on a beaucoup de carrières qui sont encore en exploitation ou plus en exploitation. La pierre peut être aussi exploitée en matériaux porteurs, structures, et pas qu’en matériaux de parement. Et donc, on pourrait revenir à ces ressources locales, ainsi que la terre crue, par exemple.
Pierre-Antoine Cordy: Et donc, tout ce qui est matériaux biosourcés, géosourcés, la Wallonie en regorge. Et donc, la sobriété pourrait passer par les matériaux locaux.
[36:18] Un retour aux sources pour construire l’avenir
Stéphanie Diaz Cuenca: Dans votre discours, ce que j’entends, c’est surtout un avenir marqué par un certain retour aux sources. C’est souvent d’ailleurs comme ça qu’on le montre dans la fiction, dans les films. Le futur, très souvent, on l’imagine comme ça, on revient en fait aux bases.
[36:36] La circularité et les économies locales
Aurore Leblanc: Une forme de circularité. C’est ça, voilà. À des économies courtes. Et puis, c’est tous des emplois qui sont non délocalisables. Donc, c’est tout à fait juste de dire qu’il faut prôner la ressource locale.
[36:49] Le message final aux auditeurs
Stéphanie Diaz Cuenca: Et pour conclure, vous Pierre-Antoine, qu’est-ce que vous auriez envie de dire aux auditeurs, aux internautes qui vont nous écouter? Qu’est-ce qu’il faut retenir de tout ceci? Quels sont les messages forts à retenir?
[37:04] Construire un avenir durable pour les générations futures
Pierre-Antoine Cordy: Pour moi, la grande question, c’est qu’est-ce qu’on veut pour notre futur? Aujourd’hui, ce qui est super important, c’est de construire un avenir durable pour nos enfants, pour les générations futures. Et donc du coup, on le sait, je l’ai cité au début, les chiffres sont impressionnants, on a un rôle sociétal.
Pierre-Antoine Cordy: Et donc pas qu’en tant qu’ingénieur structure, mais construire, ce sont des collaborations avec des prescripteurs, déjà un maître d’ouvrage, des architectes, des ingénieurs, et puis après des constructeurs. Et tout ce microcosme doit fonctionner ensemble et se dire: aujourd’hui, on a un rôle sociétal et on doit répondre à la question de comment construire un avenir durable tout en proposant des logements, des écoles, parce que ça, ce sont des besoins essentiels pour la population.
Pierre-Antoine Cordy: Et donc du coup, le message que je veux passer, c’est qu’aujourd’hui on ne se questionne pas assez par rapport à ça. Et donc, on doit tous se poser la question: quel avenir on veut pour les générations futures quand on sait que notre domaine est celui qui a l’impact le plus important dans le poids carbone.
[38:23] Le bois comme choix de vie et acte citoyen
Stéphanie Diaz Cuenca: Et pour vous Aurore, quel est le message ou les fondamentaux à retenir?
[38:28] Faire confiance à la construction bois
Aurore Leblanc: Eh bien, ayez confiance. J’aurais envie de dire ça, parce que véritablement, ce n’est pas un leurre. Moi, je suis tellement ravie, depuis presque une vingtaine d’années maintenant, de promouvoir ce matériau. Ça a du sens, ça a vraiment du sens. En plus, on travaille avec des gens qui sont passionnés, des gens qui sont engagés. Je trouve que c’est beau à voir.
Aurore Leblanc: Et puis, c’est un acte citoyen aussi, comme le dit Pierre-Antoine. Je vous dirais: qu’est-ce que vous avez envie? Qu’est-ce que vous avez envie pour vous déjà? Parce que c’est beaucoup plus agréable d’être dans une maison qui respire le bien-être. Donc ça, c’est sûr. Donc déjà à l’heure actuelle, dans quoi avez-vous envie de vivre et de travailler? Parce que les entreprises aussi, ça évolue, que ce soit au travail ou chez vous.
Aurore Leblanc: Et puis, qu’avez-vous envie de laisser à vos enfants? Et donc c’est aussi un acte citoyen qui est fort. Et puis c’est un matériau, croyez bien, qui est vraiment solide, qui est durable, qui est fiable. Donc je pense qu’à partir de là, il n’y a plus qu’à sauter le pas.
[39:49] Conclusion de l’épisode
Stéphanie Diaz Cuenca: Eh bien merci à tous les deux pour ces échanges vraiment passionnants. On retiendra que la construction bois n’est pas seulement une alternative technique, mais bien une opportunité de transformer durablement le secteur du bâtiment et peut-être même nos vies, que ce soit à la maison ou au travail, comme on vient de le dire.
Stéphanie Diaz Cuenca: Vous retrouverez plus d’informations sur le sujet sur construire-la-wallonie.be. Merci à vous qui nous avez écoutés et à très bientôt.



