Reconstruire un pont autoroutier d’environ 18 m de large pour 215 m de long sans interruption du trafic ne peut se faire qu’en mettant en commun à un stade précoce le savoir-faire d’entreprises spécialisées comme Galère (entreprise générale), Almex metaal (structure métallique) et Dufour (levage et manutention), sans oublier celui du bureau d’études Greisch. Ces entreprises sont en train de réaliser un défi technique et humain dans le respect des délais de reconstruction, pour rétablir la mobilité des 30 000 usagers qui empruntent cet axe chaque jour.
Emilie Fautrez, Directrice de Projets chez Galère (qui vient d’inaugurer son nouveau siège social sur son site historique de Chaudfontaine, ndlr), cadre le projet : « Alors que le chantier initial prévoyait la démolition complète du pont en direction de Charleroi et son remplacement par un nouvel ouvrage, nous avons proposé d’en conserver les piles et les culées pour ne remplacer que la charpente métallique et le tablier. L’effondrement accidentel survenu en début de démolition (mars 2025) ayant provoqué une instabilité de l’ouvrage, il a finalement été décidé, après études approfondies, de refaire les piles et les semelles tout en gardant les culées et les pieux de fondation. Les travaux entrepris devraient permettre une réouverture du pont à la circulation en novembre prochain. »
Après environ un an de désamiantage du pont existant – sans impact sur la circulation – pour permettre sa démolition, les opérations se succèdent à un rythme soutenu : la reconstruction des piles, la pose de la charpente métallique, la mise en place des prédalles faisant office de coffrage perdu et enfin le bétonnage du tablier.

Jasper Nelen, Tender Manager chez Almex metaal : « Le pont autoroutier à La Louvière est le plus imposant qu’Almex metaal ait jamais construit. Nous avons fabriqué les deux caissons en acier de 220 mètres de long chacun sur lesquels repose l’ensemble du pont. En raison de leur longueur hors-normes, nous les avons divisés en 10 éléments chacun. Longs de 25 m pour une largeur d’environ 6 m et un poids allant jusqu’à 77 t, ces éléments restaient trop volumineux pour être levés et déplacés avec nos équipements. Nous avons donc décidé de construire spécialement pour ce projet un portique de levage afin de soulever les 20 éléments, de les placer sur une remorque et de pouvoir ainsi les transporter à l’extérieur. Notre atelier de production à Hoogstraten mesure 120 mètres de long, ce qui est trop court pour aligner toutes les pièces les unes derrière les autres. Mais nous voulions garantir un raccordement parfait. C’est pourquoi nous avons fabriqué les éléments les uns à la suite des autres. »
Ruben Koyen, COO d’Almex metaal, ajoute : « Nous avons vraiment repoussé les limites de notre site de Hoogstraten, tant en matière de production que de manutention et de stockage. Le calendrier était très serré : chaque semaine, un tronçon de pont devait être achevé et acheminé vers l’atelier de sablage. Le tronçon qui s’y trouvait alors devait être transféré vers l’atelier de peinture, puis, la semaine suivante, il était préparé à l’extérieur en vue de son transport. Grâce à cette méthode de travail, nos différents ateliers ont fonctionné à plein régime. »

Le défi suivant consistait à acheminer les 20 énormes éléments de Hoogstraten jusqu’à l’ancien site Duferco, situé au bord de l’eau à La Louvière. Cela s’est fait de nuit par transports exceptionnels. Les 20 éléments ont alors été assemblés pour former 6 éléments de très grande taille, transportés ensuite par voie d’eau jusqu’au chantier, situé à quelques kilomètres de là.
Ruben Koyen poursuit : « Sur le chantier même, nous avons travaillé en étroite collaboration avec Galère et le Groupe Dufour, une entreprise spécialisée dans les opérations de levage lourd. Ils ont amené chacune des six sections à moins d’un demi-mètre de sa position finale, après quoi nous avons procédé au réglage final en nous basant sur des repères préalablement marqués. Nous avons ainsi réussi à mettre chaque élément en place avec une précision de quelques millimètres. Nous avons d’abord monté les quatre travées entre les culées et les piles, puis les deux grandes travées centrales au-dessus du canal. Grâce à une coordination intensive avec Galère et le Groupe Dufour, tout s’est parfaitement passé. »
Emilie Fautrez souligne : « Etant donné la taille et le poids des éléments, les équipes de Galère ont été directement impliquées dans les opérations d’élingage et de fixation, ce qui est inhabituel et a renforcé la motivation des équipes. La pose des éléments de charpente a nécessité une coordination très fine entre les trois entreprises, avec une communication envers le grutier centralisée au niveau d’une seule et unique personne de son entreprise. »


Pour la première fois en Wallonie, un pont autoroutier présente un tablier supérieur et un tablier inférieur. Pour ce dernier, les prédalles doivent être posées en les glissant entre les deux caissons de la charpente métallique, une opération délicate qui nécessite un guidage très précis et le mise en place de planchers provisoires.
Emilie Fautrez : « Fin mai, la pose des 262 prédalles du tablier supérieur – de 40 types différents pour s’adapter aux contraintes structurelles et au biais du pont – s’est achevée pour faire place au ferraillage et au bétonnage, réalisé par phases successives espacées de 5 jours pour permettre les mouvements du pont. La durée totale du bétonnage est estimée à un peu plus d’un mois ».

La SOFICO, maître d’ouvrage, et le SPW Mobilité et Infrastructures, maître d’œuvre, ont fait le choix de maintenir la circulation, y compris de nuit, afin de limiter au maximum l’impact pour les usagers. Ainsi, le trafic est assuré dans les deux sens via le pont adjacent (en direction de Mons).
Malgré les nombreuses contraintes, le chantier tient actuellement les délais de reconstruction grâce à l’engagement des équipes, moyennant de longues journées de travail, samedis inclus.
Galère et Almex metaal sont unanimes quant à la qualité de leur collaboration. « Du début à la fin, une même équipe a suivi chaque étape avec minutie. Les défis pratiques et budgétaires ont été résolus en concertation, ce qui n’est certainement pas toujours simple pour un projet de cette envergure. Les deux parties ont toujours gardé le même objectif à l’esprit et ont chacune pris leurs responsabilités pour veiller à ce que nous puissions le réaliser ensemble », précisent-ils.
