À Aubel, dans la province de Liège, un nouveau quartier résidentiel réinvente la ruralité contemporaine. Conçu par diip_architectes et livré en 2022, le projet combine architecture sobre, matériaux locaux et respect du paysage. La brique rouge, fournie par la briqueterie Houlé, y devient bien plus qu’un parement : elle est le lien entre mémoire, innovation et durabilité.
Sur une parcelle d’un hectare située en plein centre d’Aubel, l’ambition était claire : créer un habitat dense mais intégré, capable de prolonger la trame du village sans la dénaturer. Le programme associe un immeuble d’appartements et six maisons unifamiliales disposés autour d’un parc arboré.
« Nous voulions que ce projet appartienne au village », confie Didier Brandt, architecte associé chez diip_architectes. « L’idée n’était pas d’importer une forme urbaine, mais de réinterpréter le langage local avec des moyens contemporains. »
Inspirée par les volumes simples des corps de ferme, la composition joue sur les gabarits maîtrisés, les toitures sobres et une organisation claire des espaces extérieurs. Les vieux pommiers conservés et l’aménagement paysager central confèrent une continuité naturelle entre l’ancien et le nouveau.
Initialement conçu pour 55 logements, le projet a évolué au fil du dialogue avec la commune pour atteindre une trentaine d’unités. Ce travail de concertation a permis de trouver un équilibre entre densification raisonnée et cadre de vie qualitatif.Chaque logement profite d’un accès à un espace vert, jardin, terrasse ou parc collectif, tout en conservant des perspectives ouvertes sur le paysage d’Aubel.
Le parement en brique rouge traditionnelle s’est imposé naturellement. Il répond à une double exigence : ancrer le projet dans son environnement culturel et valoriser une production régionale.
« La brique, ici, c’est une évidence », explique Didier Brandt. « Elle fait partie de l’identité d’Aubel. Elle relie les habitants à leur histoire tout en nous permettant d’exprimer une écriture contemporaine »
Ce choix a conduit l’équipe à collaborer avec la briqueterie Houlé, entreprise familiale wallonne dirigée par Mathieu Guitoun. « Nous avons travaillé main dans la main avec les architectes », souligne-t-il. « Ensemble, nous avons ajusté la teinte, la cuisson et même la répartition des briques sur le chantier. Le résultat, c’est une façade vivante, nuancée, sans artifices. »
La mise en œuvre traduit une esthétique de la justesse. Le rez-de-chaussée présente un joint creux, créant un rythme tactile à hauteur d’homme, tandis que les étages sont plus lisses. Des moucharabiehs en brique protègent les terrasses, filtrant la lumière et les regards avec finesse.
Certaines façades comportent des angles non orthogonaux : la briqueterie Houlé a donc produit des pièces spéciales à façon, moulées verticalement pour résoudre les jonctions sans recourir à des profils métalliques. Une prouesse de précision qui témoigne du dialogue étroit entre conception et fabrication.
L’architecture s’efface au profit d’un paysage habité. Jardins privatifs, verger conservé, alignements d’arbres : tout contribue à créer un cadre apaisé et humain. « Densifier ne veut pas dire bétonner », rappelle Didier Brandt. « Ici, on rend du sol aux habitants. On garde la lumière, la nature, les usages. »
Ce parti pris renforce l’acceptabilité locale tout en préfigurant une nouvelle manière de construire dans les villages wallons : ni urbanisation anonyme, ni nostalgie rurale, mais un dialogue entre patrimoine et modernité.
Le projet d’Aubel illustre une autre manière de bâtir la Wallonie : en s’appuyant sur des filières locales, en valorisant la matière comme vecteur d’identité et en concevant des logements qui dialoguent avec leur paysage.
« On a cherché la justesse plutôt que le geste », conclut Didier Brandt. « À Aubel, chaque brique raconte une histoire commune : celle d’un village qui évolue sans se renier. »