À La Louvière, la construction du nouveau stade de la RAAL symbolise le renouveau d’un club, d’une région et du savoir-faire wallon. Mené tambour battant en seize mois, ce projet d’envergure a mobilisé plusieurs acteurs locaux : Loïc Fardeau, responsable infrastructure du club, Cyril Rousseaux, architecte du bureau Carré 7, et Rémy Chatel, Responsable opérationnel chez ICM. Ensemble, ils racontent une aventure humaine et technique exceptionnelle.
Pour Loïc Fardeau, pilier du projet côté club, cette nouvelle enceinte n’est pas qu’un outil sportif : c’est un symbole de fierté. « Être Louviérois », dit-il, « c’est vouloir faire vivre sa région et ses entreprises. Salvatore Curaba, président de la RAAL, a voulu que le chantier reflète cette identité locale. Dès le départ, il a été question d’impliquer des sociétés wallonnes afin que le stade devienne un moteur économique et humain du territoire. »
Cette volonté s’est traduite dans le choix des partenaires. Le bureau d’architecture Carré 7, dirigé par Cyril Rousseaux et basé à La Louvière, s’est imposé naturellement. Son ancrage local, combiné à une solide expérience – notamment avec le futur stade du Sporting de Charleroi –, a convaincu le maître d’ouvrage. De son côté, l’entreprise ICM, déjà en charge du centre d’entraînement du club, s’est vu confier le gros œuvre et l’infrastructure. Spécialisée dans les constructions industrielles et tertiaires, ICM a pu mettre à profit son expertise en béton préfabriqué.
Le projet répondait à un besoin clair : remplacer l’ancien Tivoli, un stade construit dans les années 1970, devenu inadapté aux normes actuelles. Loïc Fardeau évoque un bâtiment vieillissant, ne répondant plus aux exigences de sécurité ni aux besoins du club. « Le développement de la RAAL passait inévitablement par une nouvelle infrastructure capable d’offrir à la fois un environnement professionnel aux joueurs et un meilleur confort aux supporters. »
« Avec une capacité de 8000 places, le nouveau stade allie fonctionnalité et modernité. Il offre une meilleure expérience de match et des conditions de travail optimales pour l’équipe. Pour le club, c’est une étape cruciale vers la professionnalisation et la consolidation de son avenir sportif. »
L’un des choix les plus marquants du projet fut son implantation en plein cœur de la ville. Contrairement à la tendance actuelle de déplacer les stades en périphérie, le nouveau stade de la RAAL a été construit dans un tissu urbain dense, à proximité d’immeubles d’habitation et d’un hôpital. Pour Cyril Rousseaux, ce choix reflète une volonté claire : maintenir le club au centre de la vie louviéroise.
« Cette implantation a toutefois exigé un travail d’ingénierie et de concertation approfondi. Les questions d’acoustique, de circulation et de pollution lumineuse ont été centrales. L’éclairage, par exemple, a été intégré sur la toiture principale, mais est équipé d’une technologie permettant de concentrer la lumière uniquement sur le terrain, dans le but d’éviter la pollution lumineuse. L’acoustique a été étudiée pour limiter la résonance dans les quartiers voisins. L’architecte évoque également la collaboration avec l’hôpital tout proche, dont les nombreuses places de parking sont aujourd’hui utilisées les soirs de match. »
« Obtenir le permis de bâtir dans un tel contexte n’a pas été une mince affaire. De nombreuses réunions ont été nécessaires pour convaincre les autorités et les riverains. Ce travail préparatoire, souvent invisible, a constitué l’un des plus grands défis du projet. »

Livrer un stade en seulement seize mois représentait un défi colossal. Les contraintes budgétaires étaient strictes, l’enveloppe financière ayant été fixée avant la crise du COVID. Rémy Chatel se souvient d’une période où chaque décision devait être calibrée : matériaux, méthodes de préfabrication, logistique… tout devait s’emboîter avec une précision d’horloger. « Le recours massif au béton préfabriqué a permis d’optimiser le montage tout en garantissant une grande qualité d’exécution. »
Pour Loïc Fardeau, la réussite du projet tient aussi à la qualité de la coordination entre les nombreuses entreprises présentes sur le chantier. « L’organisation interne, la communication et la confiance ont été essentielles pour tenir un calendrier aussi ambitieux. L’ambiance de chantier, souligne-t-il, est restée positive et collaborative malgré la pression du temps. »
Le résultat parle de lui-même : un chantier livré dans les délais, dans le budget et sans compromis sur la qualité. Rémy Chatel est dithyrambique : « Je suis particulièrement fier de la précision atteinte sur un projet rassemblant des centaines d’éléments préfabriqués, montés avec un minimum d’erreurs et de remplacements. »
Pour les entreprises impliquées, le stade de la RAAL représente une véritable vitrine. ICM, habituée aux bâtiments industriels, a pu démontrer sa capacité à relever des projets emblématiques, complexes et exigeants. Le chantier a mobilisé de nombreux savoir-faire locaux et prouvé que la Wallonie dispose de toutes les compétences nécessaires pour construire des infrastructures d’envergure.
Cyril Rousseaux, lui, voit dans cette réalisation un tournant pour son bureau d’architecture. « Ce projet a renforcé la notoriété de Carré 7 dans le domaine des équipements sportifs. Après le pavillon belge à l’Exposition universelle et avant Charleroi, La Louvière s’inscrit comme une étape décisive dans une dynamique régionale qui, selon l’architecte, inspire aujourd’hui d’autres clubs et communes wallonnes à suivre cet exemple. »
Tous les acteurs du projet partagent un même constat : le succès du stade repose sur une collaboration exemplaire. Le maître d’ouvrage, les entreprises et les bureaux d’études ont travaillé de concert dans un esprit d’équipe et de confiance mutuelle. Pour Cyril Rousseaux, la réussite découle de la capacité de Salvatore Curaba à bien s’entourer et à fédérer les compétences. Loïc Fardeau abonde : la force du projet a été de transformer la contrainte du délai en moteur collectif.
Cette synergie, rare dans des projets d’une telle ampleur, a permis de surmonter les obstacles sans heurts. Elle témoigne aussi d’un modèle de gestion intégré qui pourrait inspirer d’autres chantiers publics ou privés en Wallonie.
Au-delà de son rôle sportif, le stade de la RAAL est devenu un symbole de dynamisme et de renouveau. Il incarne la capacité d’une ville à se réinventer et celle d’un club à se structurer pour l’avenir. Pour les acteurs du projet, il représente bien plus qu’un simple équipement : c’est la preuve concrète que l’ambition, la rigueur et la coopération peuvent faire émerger, en Wallonie, des réalisations à la hauteur des standards internationaux.
En seize mois, La Louvière a vu naître une infrastructure moderne, éco-responsable et ancrée dans son tissu urbain. Une réussite collective qui, au-delà du sport, illustre ce que la construction wallonne peut accomplir lorsqu’elle unit ses forces autour d’un même objectif.
Maître d’ouvrage: RAAL
Architecte: Carré 7
Entreprise gros oeuvre: ICM (groupe Wanty)