Plateforme pour le bâtiment, le génie civil et les infrastructures en Belgique francophone et au Grand-Duché de Luxembourg
La construction bois, meilleure réponse aux enjeux actuels
Modéré par Philippe Selke (Palindroom), rédacteur en chef de Construire la Wallonie, ce rendez-vous a livré des échanges passionnés, animés par une volonté commune de faire avancer les choses.

La construction bois, meilleure réponse aux enjeux actuels

Décarboner le secteur, massifier la rénovation énergétique du bâti wallon, construire des bâtiments favorisant le bien-être de leurs occupants, faire face à la pénurie de main d’œuvre qualifiée, … les raisons de construire en bois ne manquent pas et la construction bois n’a sans doute jamais été aussi pertinente dans notre pays.  Alors, où en est-on et que faire pour que la construction bois se développe davantage ? Tel était le point de départ d’une table ronde organisée par Construire la Wallonie (Louwers Mediagroep) le 5 février dernier à Wavre. Une discussion sans langue de bois, animée par une volonté commune de faire avancer les choses.

Modéré par Philippe Selke (Palindroom), rédacteur en chef de Construire la Wallonie, ce rendez-vous a livré des échanges passionnés entre cinq intervenants aux profils complémentaires : Aurore Leblanc (Ligne Bois), Justine Couchariere (Cap Construction),  l’architecte Pierre Salingros (Atelier de Tromcourt) ainsi que deux entrepreneurs wallons de construction bois, Laurent Riche (Stabilame) et Florian Huet.

La construction bois, meilleure réponse aux enjeux actuels 1
Aurore Leblanc : « La filière construction bois fait preuve de trop d’humilité. »

Les idées reçues au bûcher !

Pour certains encore aujourd’hui, le bois ne serait pas durable, pas solide, pas résistant au feu, …  D’emblée, tous s’accordent pour dénoncer des idées reçues qui ont la vie dure, les obligeant à sans cesse argumenter en faveur d’un matériau structurel à la fois naturel, renouvelable et durable. Puits de carbone sans équivalent, le bois devrait s’imposer naturellement dans la lutte contre le changement climatique. Aurore Leblanc : « Le bois s’inscrit parfaitement dans le cadre de la réglementation européenne DNSH – qui va progressivement s’appliquer également à de plus petites structures – pour la réalisation de bâtiments bas carbone. Le béton et l’acier ne peuvent pas prétendre à une si faible empreinte environnementale. »

Le bois joue un rôle clé dans la construction d’un bâti plus durable, grâce à ses nombreuses qualités intrinsèques. Florian Huet : « Le rapport résistance-poids du bois est exceptionnel, ce qui en fait un matériau idéal pour la préfabrication ».

« Le bois est par ailleurs un excellent isolant thermique en plus d’être un élément structurel. Nul besoin de multiplier les matériaux pour éviter les ponts thermiques. Cela facilite fortement la conception », ajoute l’architecte Pierre Salingros.

Cerise sur le gâteau, le bien-être ressenti dans une construction en bois a récemment été confirmé par des études scientifiques qui attestent des vertus du matériau pour la santé, celui-ci favorisant une connexion à la nature (biophilie), comme le relève Aurore Leblanc.

Avantages collatéraux

Les atouts du bois ne se limitent cependant pas aux seuls aspects environnementaux. Laurent Riche : « Aujourd’hui, la mobilité est devenue un problème majeur dans notre pays. La fabrication hors site diminue drastiquement le nombre de trajets. De même, la préfabrication bois réduit fortement la durée des chantiers, entraînant une réduction des coûts annexes (comme la location du trottoir en ville) et des nuisances pour les riverains (chantier court et propre).

L’emploi en sort également gagnant. La fabrication en atelier permet de remettre au travail des ouvriers qui ne supportent plus la pénibilité du travail en extérieur. Ponts roulants et machines numériques ouvrent la voie à un travail plus confortable.

La construction bois, meilleure réponse aux enjeux actuels 2
Laurent Riche : « Nos plus beaux projets ont été réalisés en design and build, pour une performance maximalisée. »

Un déficit de formation

Laurent Riche pointe le manque de formation des concepteurs, qui ne s’aventurent souvent dans la construction bois que par la volonté de leur client : « La construction bois est une option dans le cursus d’ingénieur civil, en master, et ne représente que quatre crédits, … Il ne faut donc pas s’étonner qu’ingénieurs et architectes conçoivent en béton. Et ce n’est que dans un second temps qu’ils demandent éventuellement une variante en bois… Or, on ne conçoit pas en bois comme en béton. »

Justine Couchariere va dans le même sens : « Le bois ne doit en effet pas être considéré comme une simple variante. Qui dit bois, dit préfabrication et donc, une conception en amont essentielle si on veut générer des retombées économiques intéressantes notamment grâce à la réduction des aléas sur chantier. »

Un rôle facilité pour l’architecte

Florent Huet évoque une nouvelle répartition des rôles : « Nous sommes constructeur comme l’est un maçon mais notre rôle est bien plus étendu parce que nous travaillons avec du bois. Il nous faut aider l’architecte, ce qu’un maçon ne fait pas. » Là où en construction dite traditionnelle, l’entreprise peut compter sur le travail des concepteurs, elle doit souvent tirer son plan quand il s’agit de bois.

Laurent Riche confirme : « Les entreprises bois se sont tout de suite adaptées pour apporter les compétences et la digitalisation requises. Les architectes n’ont plus qu’à valider les détails constructifs fournis par l’entrepreneur. »

Pierre Salingros acquiesce : « Finalement, l’architecte laisse un plus gros travail à l’entrepreneur. C’est un véritable confort. Quand je vois certaines personnes qui essaient de régler des problèmes sur chantier, sous la pluie, dans la boue, … Travailler en amont est plus confortable pour tout le monde. » Et d’ajouter qu’il faut oublier l’idée de la maison en bois hyper standardisée, choisie sur catalogue, alors que la construction bois permet aujourd’hui de concevoir réellement sur mesure.

La construction bois, meilleure réponse aux enjeux actuels 3
Justine Couchariere : « Le bois doit cesser d’être considéré comme une variante. Conçu dès le départ en bois, un projet n’est pas forcément plus coûteux. »

Standardiser l’offre ou structurer la demande ?

Cette liberté dans les choix constructifs est-elle un frein pour l’essor de la construction bois ? En Belgique, le secteur est composé d’artisans, de plus ou moins grande taille, qui ont chacun leur(s) manière(s) de construire.  Pour Laurent Riche, cela est source de complexité et nuit à l’image d’un produit.

Missionné par le gouvernement wallon en 2025 pour mettre en place une filière construction hors site, le cluster Cap construction dévoile l’une de ses recommandations. Justine Couchariere : « Pour que la construction bois hors site prenne vraiment de l’ampleur, il faut une certaine standardisation entre les éléments et les systèmes constructifs. Mais attention, standardiser ne veut pas dire uniformiser. L’idée n’est pas d’appauvrir l’architecture ou les usages, au contraire. En standardisant des trames ou des parois, on gagne en interopérabilité, on réduit les déchets, et on améliore la performance globale des projets. »

Laurent Riche : « Pour moi, il faudrait plutôt faire travailler les concepteurs dans le cadre d’objectifs de performance. Chaque élément (mur, plancher, toiture, …) devrait répondre à des exigences performantielles, qu’il soit biosourcé ou non. Aux préfabricateurs à ensuite concrétiser ces performances comme ils le souhaitent. Cela permettrait d’ouvrir fortement le marché. »

Un rôle moteur en rénovation

Le bois a de plus une belle carte à jouer en rénovation du bâti wallon. Les objectifs européens en matière de rénovation énergétique ne seront en effet pas atteint sans une forte accélération du rythme actuel, nécessitant une massification des chantiers malgré le manque de main d’œuvre qualifiée.

Aurore Leblanc : « Le bois est le matériau idéal pour envelopper un bâtiment multi-étagé de l’extérieur, au moyen de façades complètes fabriquées hors-site avec menuiseries et isolant intégrés. » C’est plus compliqué lorsqu’il s’agit d’un ensemble de maisons mitoyennes bordées par un trottoir, mais quelques exemples montrent que des rénovations groupées sont possibles si les pouvoirs publics accompagnent suffisamment les habitants.

Les nouveaux schémas de développement territorial poussent à la densification des noyaux urbains. La rehausse de bâtiments existants est une piste, et le bois se révèle une fois de plus le matériau le plus adapté.

La construction bois, meilleure réponse aux enjeux actuels 4
Pierre Salingros : « En construction bois, l’architecte laisse une plus grosse partie du travail à l’entreprise chargée de l’exécution. C’est un confort. »

Impulsion publique et nerf de la guerre

Dans les pays scandinaves, en Allemagne et en Suisse, entre autres, l’impulsion publique est identifiée comme le levier majeur pour faire évoluer la construction bois. Chez nous, le secteur attend impatiemment des pouvoirs publics qu’ils montrent l’exemple, incitent fiscalement, adaptent la réglementation et fassent évoluer les cahiers des charges en intégrant des critères de performance, pour des bâtiments bas carbone dans lesquels le bois pourrait démontrer sa valeur ajoutée.

Parallèlement, le secteur privé avance, motivé par des gains d’ordre financier. Les banques accordent des prêts à taux préférentiel pour le financement de projets durables. Les promoteurs immobiliers intègrent des matériaux biosourcés dans leurs projets. Quand durabilité se met à rimer avec rentabilité, l’envie de bien faire devient plus forte !

Trop gentils pour casser du bois ?

Aurore Leblanc déplore la trop grande humilité de la filière bois en comparaison avec les lobbies d’autres matériaux : « On peut être fier du savoir-faire de nos entreprises. Mais il faut reconnaître que la filière bois est très disparate, ce qui peut parfois compliquer le fait de parler d’une seule voix. »

Certains estiment le volume annuel des constructions en bois en Belgique à environ 10%. « Ce chiffre est probablement pertinent mais réduit la construction bois aux seuls bâtiments dont la structure principale est en bois. Il ne tient pas compte des nombreux autres usages du matériau dans la construction. Pourtant, au-delà des structures porteuses, le bois est largement utilisé pour les bardages, les extensions et surélévations, les aménagements intérieurs et extérieurs, etc. En intégrant l’ensemble de ces applications, la part réelle du bois dans la construction serait plus élevée que ce qui transparaît dans les statistiques actuelles. Et puis les chiffres ne disent pas tout. La réalité du terrain apporte un autre éclairage et, au travers de nos actions, nous constatons un réel engouement du public et un grand intérêt des professionnels. » 

La construction bois, meilleure réponse aux enjeux actuels 5
Florent Huet : « Le rapport résistance-poids du bois est absolument exceptionnel, ce qui en fait un matériau idéal pour la préfabrication. »

Connexes articles

"*" indique les champs obligatoires

Ce champ est utilisé à des fins de validation et ne doit pas être modifié.

Envoie-nous un message

Pouvons-nous vous aider à trouver des solutions ?

Voir tous les résultats