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La sécurité incendie : chimère ou démon ?
Pierre Cochet

La sécurité incendie : chimère ou démon ?

Quinze années de ma vie que je consacre à la prévention et à la protection incendie. Quinze ans à analyser des plans, inspecter des bâtiments, installer du matériel. Et pourtant, je dois l’avouer : notre profession reste méconnue, sous-estimée, parfois même méprisée mais il reste un passion.

La sécurité incendie n’est pas un luxe administratif ou financier. C’est un rempart. Contre les drames humains d’abord ; chaque année, des vies sont fauchées par des incendies évitables. Contre les pertes économiques ensuite ; un sinistre majeur peut anéantir une entreprise, ses hommes et ses femmes, son savoir-faire. La sécurité incendie protège les personnes, les biens, mais aussi l’économie belge.

Un secteur fragilisé de l’intérieur

Comme dans tout métier de niche, notre profession souffre d’un mal insidieux : l’auto-proclamation. Trop nombreux sont ceux qui s’octroient le titre d’expert sans formation solide, sans expérience terrain, sans mise à jour de leurs connaissances. Cette dérive nuit à notre crédibilité collective et, plus grave encore, met en danger des vies et des entreprises mal conseillées.

Le recrutement est devenu un casse-tête. Où sont les formations diplômantes en Belgique ? Les cursus spécialisés se comptent avec seulement deux doigts d’une main et un bon portefeuille. Les jeunes ingénieurs et techniciens ignorent souvent jusqu’à l’existence de notre métier. Comment attirer les talents quand la profession reste invisible ? Mais pourtant si gratifiante !

L’urgence d’une reconnaissance

Les autorités fédérales tardent à reconnaître officiellement notre expertise. Pas de titre protégé, pas de registre des professionnels qualifiés, pas de cadre clair pour distinguer les compétences de l’imposture. Cette absence de reconnaissance institutionnelle entretient le flou et décourage les vocations.

Le labyrinthe réglementaire

Architectes, entrepreneurs, maîtres d’ouvrage : vous connaissez ce dédale. Trois régions, trois approches. Des normes fédérales qui cohabitent difficilement avec des prescriptions régionales et locales. Ce manque de coordination transforme chaque projet transrégional en exercice cérébral et philosophique quotidien.

L’Europe n’arrange rien. L’harmonisation normative reste un vœu pieux ; malgré de belles avancées, nos professionnels jonglent entre les lignes de réglementation à rallonge.

Un appel à l’action

Et pour autant, je refuse à me résigner. La sécurité incendie mérite une place à la table des décisions. Elle mérite des formations structurées, un titre reconnu – et non par des pseudo organismes privés et sponsorisés – et une coordination nationale digne de ce nom.

Aux entrepreneurs, aux architectes, aux ingénieurs qui lisent ces lignes : intégrez la prévention incendie dès la conception. Exigez des interlocuteurs qualifiés. Et aux pouvoirs publics : donnez-nous les moyens d’exercer notre mission avec rigueur et légitimité.

La prochaine catastrophe n’attendra pas nos lenteurs administratives ni nos guerres d’égos si nous continuons à charger nos trottinettes électriques dans la cage d’escalier sans un détecteur de fumée.

Pierre Cochet
Fondateur et Administrateur EFS
Administrateur de analysederisqueincendie.be

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