Au cœur du programme de rehaussement des ponts du canal Albert, le chantier du pont de Lixhe constitue une opération particulièrement complexe. Si l’objectif principal consiste à relever la partie est du tablier de 2,16 m afin de permettre le passage de convois fluviaux transportant quatre couches de conteneurs, le projet englobe en réalité un vaste réaménagement routier et cyclable s’étendant du giratoire situé au-delà du pont-barrage de Lixhe jusqu’à la N671, soit environ 2,3 km. C’est l’entreprise Nelles, en société momentanée avec SOCOGETRA, qui est à la manœuvre sur ce chantier. Dans le cadre de cette collaboration, SOCOGETRA prend notamment en charge les opérations de rehaussement proprement dites.
Les travaux menés par Nelles comprennent quant à eux notamment la reconfiguration de plusieurs carrefours, la création d’une piste cyclable en site propre, l’aménagement de rampes d’accès pour les modes actifs ainsi que d’importants travaux de terrassement et plusieurs ouvrages d’art. « Le pont est au centre du projet. Le chantier s’étend de part et d’autre de l’ouvrage », explique François Crutzen, gestionnaire de chantiers chez Nelles.
En réalité, seule la partie est du pont de Lixhe sera relevée, sur base d’une rotation autour d’un point fixe situé à l’ouest de l’ouvrage. Cette nouvelle configuration implique une adaptation profonde des infrastructures liées. Les culées devront être rehaussées afin de supporter les nouveaux remblais permettant de raccorder progressivement le pont à la voirie. Les volumes de terres nécessaires sont estimés à plus de 5000 m³, soit plusieurs centaines de camions.
Parallèlement, l’axe routier évoluera vers une configuration davantage orientée vers les modes actifs. Plusieurs tronçons actuellement aménagés en 2×2 bandes laisseront place à une voirie réorganisée intégrant une piste cyclable sécurisée ainsi que de nouveaux aménagements destinés à améliorer la sécurité aux carrefours.
Pour les équipes de Nelles, le principal défi rencontré au démarrage du chantier concerne le nombre important de câbles et de conduites fixés sur la passerelle technique de l’ouvrage. Si certains avaient été pris en compte dans les études initiales, plusieurs autres réseaux de distribution et de télécommunication nécessitaient des adaptations urgentes avant le relèvement du tablier. « Nous avons donc dû intervenir rapidement pour permettre le levage du pont dans les délais », souligne François Crutzen.
Au total, près de 3500 mètres de câbles et conduites ont été déplacés, prolongés ou réadaptés. Les travaux ont mobilisé des équipes spécialisées intervenant en hauteur au-dessus du canal après la mise en place de lignes de vie, d’échafaudages spécifiques et le remplacement de certains caillebotis. Pour Rémy Xhrouet, Gestionnaire de chantiers impétrants chez Nelles, l’opération présentait un caractère inédit : « Poser des câbles sur une longueur de plus de 300 mètres, harnachés au-dessus de l’eau, nous n’avions encore jamais réalisé cela. »


Prévu pour la fin juin, le relèvement du pont constitue un jalon essentiel du projet puisqu’il conditionne l’obtention des subsides européens associés au chantier. Il permettra également d’entamer les phases suivantes, notamment la reconstruction définitive des culées, la mise en place des remblais et le repositionnement final des impétrants. « Le second défi consiste à s’imbriquer dans le planning du rehaussement et à respecter les délais contractuels », résume François Crutzen.
Si le calendrier est respecté, le pont pourrait être rouvert à la circulation au début de l’automne 2026. Les aménagements périphériques et les finitions devraient se poursuivre jusque début 2027.
Au-delà des aspects techniques, le chantier est également soumis aux exigences du principe européen DNSH. Un suivi spécifique est assuré afin de documenter les mesures mises en œuvre pour limiter l’impact environnemental des travaux. Les partenaires privilégient notamment les filières de traitement et de recyclage de proximité afin de réduire les distances de transport des matériaux excavés ou réutilisés.
À Lixhe, le rehaussement du pont apparaît ainsi comme la partie visible d’un projet beaucoup plus vaste, où coordination technique, gestion des réseaux, mobilité et exigences environnementales sont étroitement liées.
