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Béton durable, innovation et préfabrication : comment Béton de la Lomme prépare l’avenir de la construction

Le béton est un matériau incontournable de la construction, mais il est aussi au cœur des enjeux liés à la réduction des émissions de CO₂. Dans cet épisode de Construire la Wallonie, Stéphane Hunot reçoit Jacky Chalon, responsable du bureau d’études chez Béton de la Lomme. Ensemble, ils abordent les innovations en béton préfabriqué, les nouvelles finitions, la recherche et développement, l’ESG, la construction circulaire et les perspectives offertes par les bétons bas carbone pour répondre aux défis de la construction de demain.

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Transcript

[00:00] Introduction – Le béton face aux défis de la transition
Stéphane Hunot: Bonjour à tous et bienvenue dans Construire la Wallonie, le podcast qui donne la parole à celles et ceux qui imaginent et construisent la Wallonie de demain. Aujourd’hui, nous nous intéressons au béton, un matériau qui représenterait 8 % de toutes les émissions de CO₂ à l’échelle de notre planète, ce qui est tout de même considérable. C’est pour cette raison que ce matériau, rappelons-le, le plus utilisé au monde, est en pleine transformation. Nous évoquons cette évolution ainsi que les produits en béton préfabriqué avec Jacky Chalon, responsable du bureau d’études chez Béton de la Lomme. Bonjour Jacky.
Jacky Chalon: Bonjour Stéphane.
Stéphane Hunot: Merci d’être avec nous aujourd’hui. Qu’est-ce que Béton de la Lomme propose aujourd’hui comme types de béton ? On le sait, il en existe plusieurs.

[00:41] Les deux méthodes de démoulage
Jacky Chalon: De façon générale, pour tous les préfabricants, il existe deux types de béton étant donné qu’il y a deux méthodes de démoulage des produits en béton. On a soit le démoulage immédiat, soit le démoulage différé. Le démoulage immédiat est possible avec un béton relativement sec, pressé mécaniquement dans les moules. Immédiatement après, on peut démouler les produits sur des panneaux. Ensuite, ces produits vont sécher dans des étuves. Avec ce type de démoulage, les moules peuvent être remplis et démoulés plusieurs centaines de fois, parfois plusieurs milliers de fois. Cela se fait normalement à l’aide de machines automatisées, comme des presses à blocs. À côté de cela, on a le démoulage différé, qui se fait avec du béton fluide coulé dans les moules. Le démoulage doit alors intervenir plus tard, après le durcissement complet du béton. Autrement dit, avec cette technique de démoulage différé, il n’y a qu’une à deux rotations du moule par jour, selon la rapidité de prise du béton.

[01:36] Les différentes familles de produits
Stéphane Hunot: Concrètement, quel type de produits fabriquez-vous avec ces deux types de béton ?
Jacky Chalon: Chez nous, le démoulage immédiat concerne la fabrication de tous nos blocs de construction. Nous avons trois types de blocs. D’abord, une gamme complète de blocs de maçonnerie sous le label Bénor. Nous sommes également le fabricant des blocs Stepoc®, ces célèbres blocs de coffrage que nous produisons depuis plus de trente ans et dont nous sommes devenus spécialistes. Cette expertise concerne les produits eux-mêmes, mais aussi l’assistance technique que nous proposons à nos clients. Nous réalisons des études et donnons des conseils personnalisés pour leur mise en œuvre. La troisième famille de produits regroupe les blocs fraisés à coller Rectilom®. Nous avons d’ailleurs été les premiers en Belgique à proposer ces blocs en béton à coller plutôt qu’à maçonner. Voilà pour tout ce qui concerne le démoulage immédiat avec nos presses à blocs. En dehors de cela, nous avons le démoulage différé pour des produits tels que les éléments L de soutènement, les couvre-murs, les abris de bus ainsi que différentes pièces réalisées sur mesure.

[02:48] Standardisation et sur-mesure
Stéphane Hunot: Le béton préfabriqué est-il toujours un matériau standardisé ou évolue-t-on de plus en plus vers du sur-mesure ?
Jacky Chalon: Le béton préfabriqué concerne principalement des produits standards, parce que c’est le principe même de la préfabrication : produire en grande série afin de proposer des prix compétitifs. Les pièces uniques sont plutôt coffrées sur chantier. Cela dit, nous essayons de nous rapprocher du sur-mesure en élargissant notre catalogue de dimensions et de finitions. Lorsque les gammes sont suffisamment complètes et variées, les produits préfabriqués deviennent presque du sur-mesure.

[03:26] Les avantages du béton préfabriqué
Stéphane Hunot: Nous venons de parler de quelques avantages de la préfabrication, notamment le volume. Quels sont les autres avantages ? Le prix, la rapidité ?
Jacky Chalon: Les deux, mais je dirais d’abord le prix. Si je prends l’exemple de nos éléments L, leur prix ramené au mètre cube est à peu près équivalent à celui du béton livré en vrac par camion-malaxeur. Pourtant, il ne s’agit pas du tout du même produit. Les éléments L sont des pièces moulées, avec des formes précises et une armature intégrée. Cela montre que la préfabrication est peu coûteuse. Si ces éléments devaient être coulés sur place, ils coûteraient au minimum le double. La préfabrication présente aussi d’autres avantages. En usine, nous maîtrisons mieux la qualité ainsi que la mise en œuvre du béton. Celui-ci est mis en œuvre immédiatement après le malaxage. Tout cela permet d’obtenir des bétons plus performants que ceux coulés sur chantier.

[04:24] Des bétons toujours plus performants
Stéphane Hunot: Produit-on aujourd’hui des bétons plus performants qu’il y a, par exemple, vingt ans ?
Jacky Chalon: Oui, certainement. Les bétons fluides sont désormais autocompactants. Ils se mettent eux-mêmes en place et ne doivent plus être vibrés. Leur compacité est presque parfaite, leur absorption d’eau est presque nulle et leur résistance a fortement augmenté. Tout cela fait que les bétons actuels sont beaucoup plus durables qu’il y a vingt ans.

[04:52] Un modèle de gestion basé sur l’ESG
Stéphane Hunot: Cette évolution ne concerne pas uniquement les produits ou les techniques. Elle touche aussi la manière dont une entreprise fonctionne au quotidien. Chez Béton de la Lomme, par exemple, vous avez adopté depuis près de deux ans un modèle de gestion participatif basé sur l’ESG. Rappelez-nous ce que signifie ESG et, concrètement, comment cela fonctionne.
Jacky Chalon: ESG est l’acronyme de trois mots-clés : environnement, social et gouvernance. Il s’agit d’un mode de gestion qui ne vise pas uniquement la rentabilité. Bien sûr, celle-ci est nécessaire, mais elle ne peut pas se faire au détriment du bien-être du personnel, ni de l’environnement. C’est aussi un mode de gestion participatif, puisque tous les collaborateurs qui le souhaitent peuvent participer aux décisions du management. Concrètement, cela se traduit chez nous par trois groupes de travail : le groupe R&D, le groupe commercial et le groupe Qualité & Excellence opérationnelle. L’ESG permet de tirer parti de l’intelligence collective. Nous mettons nos idées en commun, nous rebondissons sur celles des autres et nous cumulons ainsi les expériences et les connaissances de chacun.

[06:06] L’ESG comme moteur d’innovation
Stéphane Hunot: Nous avons bien compris les avantages que peut apporter cette intelligence collective. Mais est-ce que cela change aussi concrètement votre manière d’innover ?
Jacky Chalon: Oui, parce qu’en plus de nous apporter des idées auxquelles nous n’aurions pas pensé seuls, cela change aussi l’état d’esprit de notre personnel. Il y a une véritable volonté de mieux faire les choses et d’apporter un changement positif. Chez nous, cela s’est traduit par une envie d’innover que nous n’avions pas auparavant.

[06:33] Les trois axes de recherche et développement
Stéphane Hunot: Cette innovation passe notamment par la recherche et le développement. Chez Béton de la Lomme, le département R&D travaille sur différents axes. Pouvez-vous nous les présenter ?
Jacky Chalon: Actuellement, nous travaillons sur trois grands axes : l’amélioration de nos produits existants, le développement de nouveaux produits et la nouvelle génération de béton.

[06:55] Améliorer les produits existants
Stéphane Hunot: Pouvez-vous nous en dire davantage sur chacun de ces axes ?
Jacky Chalon: Nous travaillons actuellement à l’extension et à l’amélioration de notre gamme d’éléments L. Nous développons de nouvelles finitions, parce que le béton gris vieillit relativement mal sur le plan esthétique. Sur le plan structurel, le béton est très durable, mais esthétiquement, ce n’est pas toujours le cas. Avec le temps, il noircit sous l’effet de la carbonatation et de la pollution. Il a également tendance à verdir assez rapidement, surtout lorsqu’il est peu exposé aux UV et à la lumière. C’est pourquoi nous proposons déjà des éléments L en béton lavé, qui mettent les granulats en valeur. Nous offrons plusieurs coloris et textures, avec des concassés clairs, de la pierre calcaire locale ou encore des concassés noirs, très tendance actuellement. L’avantage est que ces granulats résistent beaucoup mieux au vieillissement et conservent un aspect propre et stable dans le temps. Nous proposons également des éléments habillés d’une véritable feuille de schiste, offrant une finition élégante en pierre naturelle qui reste esthétiquement stable.

[08:17] Les nouvelles finitions
Stéphane Hunot: En plus de tout cela, d’autres nouveautés sont-elles prévues ?
Jacky Chalon: Oui. Au début de l’automne, nous proposerons des éléments en béton matricé, avec différents reliefs et, dans certains cas, des teintes différentes.

[08:34] Les éléments Green Wall
Stéphane Hunot: J’ai vu également que vous proposiez des éléments à végétaliser.
Jacky Chalon: Exactement. Nous les appelons les éléments Green Wall. Leur paroi verticale est percée d’ouvertures régulières et inclinées, dans lesquelles on peut planter des fleurs ou des plantes couvre-sol. Les racines vont se développer dans les terres de remblai situées derrière les éléments. Selon le choix des végétaux, il est possible de végétaliser une partie ou l’ensemble du mur. Avec des plantes adaptées, on obtient un parement vivant, coloré et esthétique tout au long des saisons.

[09:13] Une finition imitation acier Corten®
Stéphane Hunot: Vous proposez également une nouvelle finition imitation acier Corten®, c’est bien cela ?
Jacky Chalon: Oui. Nous avons obtenu une licence exclusive en Belgique pour proposer un béton avec cette finition. Il ne s’agit pas d’un développement réalisé par notre département R&D, mais d’un brevet allemand. Le procédé permet d’oxyder la surface du béton afin de lui donner un aspect rouille qui ne tache pas et qui reste stable dans le temps.

[09:39] Compléter la gamme d’aménagement extérieur
Stéphane Hunot: Avec toutes ces nouvelles finitions, quels produits allez-vous proposer ? Des marches d’escalier, des bordures ?
Jacky Chalon: Dans un premier temps, nous allons produire des marches d’escalier et des bordures. Elles viendront compléter les aménagements réalisés avec nos éléments L. Ces bordures bénéficieront également de cette finition imitation acier Corten®.

[10:01] Les blocs Rectilom®
Stéphane Hunot: On comprend bien que cette dynamique d’innovation débouche sur de nouveaux produits. Vous avez également développé les blocs collés Rectilom®. Qu’est-ce que cela change concrètement sur un chantier ?
Jacky Chalon: Les blocs fraisés à coller constituent une évolution très positive de la maçonnerie traditionnelle. Les blocs Rectilom® se posent beaucoup plus rapidement que des blocs classiques. Le gain de rendement améliore donc directement la rentabilité pour les entrepreneurs. Un autre avantage est que la résistance d’un mur réalisé avec des blocs Rectilom® collés est supérieure à celle d’une maçonnerie traditionnelle, parce que le mortier-colle adhère environ trois fois mieux qu’un mortier classique.

[10:44] Faux joints et ergonomie
Jacky Chalon: Dans cette même gamme, nous proposons également des blocs à faux joints, qui donnent l’apparence d’une maçonnerie traditionnelle lorsque les murs restent apparents. Enfin, nous avons récemment ajouté des trous de préhension dans les blocs afin de faciliter leur manipulation et leur mise en œuvre.

[11:05] La nouvelle génération de béton
Stéphane Hunot: On ne s’imaginait pas qu’il existait autant de possibilités lorsqu’on parle de béton. En dehors de ces développements, vous évoquiez une nouvelle génération de béton. Qu’entend-on exactement par là ?
Jacky Chalon: Il s’agit d’un béton plus vert, avec un meilleur bilan carbone. Comme vous le rappeliez en introduction, l’empreinte écologique du béton est principalement liée au ciment, notamment à cause du clinker, son principal constituant, qui doit être chauffé dans des fours à plus de 1 400 degrés. C’est pourquoi nous testons actuellement des liants alternatifs afin de produire du béton avec moins de ciment, voire sans ciment. Par ailleurs, les bétons de nouvelle génération devront intégrer davantage de matériaux recyclés. Les matières premières, comme le sable ou la pierre, commencent à se raréfier. Cela risque de devenir un véritable enjeu dans les prochaines années. Nous devrons donc avoir recours à ce que l’on appelle la circularité, c’est-à-dire recycler et transformer les déchets en nouvelles matières premières.

[12:17] Un matériau de plus en plus durable
Stéphane Hunot: Ce qui ressort aujourd’hui, c’est que le béton devient plus technique, mais aussi plus intelligent dans sa manière d’être utilisé. Pensez-vous qu’il soit aujourd’hui perçu comme un matériau durable ?
Jacky Chalon: En tout cas, il est perçu comme un matériau solide, puisque tout le monde connaît l’expression « dur comme du béton ». Quant à son caractère durable, je pense que oui, parce que l’on voit bien que le béton évolue. Depuis une dizaine d’années, il change profondément et devient de plus en plus durable. Dans le domaine agricole, par exemple, nous pouvons désormais proposer des éléments de silo résistants aux attaques acides.

[12:55] Les idées reçues sur le béton
Stéphane Hunot: Existe-t-il encore des idées reçues sur le béton qui vous agacent ?
Jacky Chalon: Oui. Le béton souffre encore d’une image écologique trop négative. Malheureusement, on oublie souvent plusieurs éléments lorsqu’on établit son bilan environnemental. Il faut d’abord évaluer son empreinte sur l’ensemble de son cycle de vie, ce qui est plutôt favorable au béton grâce à sa longue durée de vie. Ensuite, il faut savoir que le béton se carbonate en vieillissant. La carbonatation est un phénomène chimique naturel au cours duquel le béton réagit avec le dioxyde de carbone présent dans l’air. Ce phénomène lui permet de réabsorber une partie du CO₂ émis lors de sa fabrication. Cette réabsorption peut atteindre jusqu’à 30 % des émissions sur l’ensemble de son cycle de vie, ce qui est loin d’être négligeable. Il ne faut pas oublier non plus que certains déchets, comme les déchets hospitaliers ou les pneus usagés, sont valorisés dans les fours de production du clinker. Sans les cimenteries, il faudrait probablement construire des installations spécifiques pour les traiter. Tous ces éléments doivent être pris en compte dans le bilan écologique du béton. Il faut également tenir compte de l’arrivée progressive de ciments de plus en plus bas carbone.

[14:17] Le béton de demain
Stéphane Hunot: Si l’on se projette dans dix ou vingt ans, à quoi ressemblera le béton du futur ? Ira-t-on vers des matériaux encore plus performants, plus bas carbone et plus personnalisables ?
Jacky Chalon: Le futur du béton est déjà en marche. Depuis plusieurs années, il évolue très rapidement. Il deviendra certainement de plus en plus bas carbone. Dans certains cas, il pourra même présenter un bilan carbone positif, c’est-à-dire capter davantage de dioxyde de carbone qu’il n’en émet lors de sa production. C’est déjà en partie le cas aujourd’hui. Le béton et le ciment seront probablement produits différemment, mais nous aurons toujours besoin du béton. C’est un matériau facile à mettre en œuvre, que l’on peut mouler dans pratiquement toutes les formes. Il restera largement utilisé parce qu’il est solide, performant sur le plan structurel et qu’il deviendra toujours plus durable.

[15:12] Innovation et avenir de la Wallonie
Stéphane Hunot: Pensez-vous également que l’on ira vers une spécialisation accrue des produits ?
Jacky Chalon: Certainement. Je pense que la plupart des fabricants sont aujourd’hui très attentifs aux attentes du marché et aux besoins des entrepreneurs. De nouveaux produits innovants verront encore le jour, mais l’avenir nous dira lesquels.

[15:28] Les perspectives pour Béton de la Lomme
Stéphane Hunot: Et la Wallonie dans tout cela, a-t-elle une véritable carte à jouer ?
Jacky Chalon: Oui, je pense que nous avons un réel potentiel en Wallonie. Nos concurrents flamands sont parfois très présents, mais nous avons la volonté d’innover, de nous défendre et de continuer à avancer.

[15:43] Conclusion
Stéphane Hunot: On retiendra en tout cas que le béton est loin d’être un matériau figé. Il évolue, se transforme, devient plus durable, plus technique et plus esthétique. Il est également porté par de nouvelles façons de collaborer et d’innover au sein des entreprises. Merci beaucoup, Jacky, pour cet échange.
Jacky Chalon: Je vous en prie.
Stéphane Hunot: Merci à vous, chers auditeurs. À très vite dans Construire la Wallonie.

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