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« La sécurité incendie n’est plus le parent pauvre »
Aujourd’hui, la réglementation est plus exigeante – notamment en matière de réaction au feu des matériaux de façade, un durcissement catalysé par plusieurs drames.

« La sécurité incendie n’est plus le parent pauvre »

Peu de domaines d’expertise dans la construction sont aussi complexes – et pour certains, carrément insondables – que la sécurité incendie. Nos collègues de Bouwen aan Vlaanderen ont invité plusieurs experts en la matière, qui ont résumé quelques sujets brûlants et tenté de mettre de l’ordre dans le chaos. Il s‘agit de Kurt Van Den Bergh, directeur technique Belux chez Reynaers Aluminium, Koen Van Gasse, Senior Product Manager chez Soudal et vice-président de la PFPA (Passive Fire Protection Association), Steven Paulussen, directeur général de Houthandel Paulussen et Danny Jonckheere, business manager chez Fire ! doors & projects.

Longtemps perçue comme un mal nécessaire, la sécurité incendie s’est hissée au rang de priorité stratégique dans le secteur de la construction. Non plus seulement pour se conformer aux normes, mais aussi pour valoriser un projet, une approche, une réputation. Comme le souligne Steven Paulussen, « les fabricants et les entreprises de construction s’en servent désormais comme d’un atout concurrentiel ». Une évolution d’autant plus notable que, pendant des décennies, la sécurité incendie ne brillait ni par sa visibilité, ni par sa pédagogie.

Aujourd’hui, la réglementation est plus exigeante – notamment en matière de réaction au feu des matériaux de façade, un durcissement catalysé par plusieurs drames. Et les acteurs du secteur ne sont plus livrés à eux-mêmes : sessions techniques de Buildwise, guides pratiques, outils d’aide à la conception… L’offre d’accompagnement s’est étoffée, et c’est loin d’être un luxe, tant la matière reste complexe.

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Tous les intervenants interrogés pointent la qualité de l’exécution comme un maillon faible récurrent.

L’exécution reste le talon d’Achille

Concevoir un bâtiment résistant au feu sur plan est une chose, le réaliser correctement en est une autre. Tous les intervenants interrogés pointent la qualité de l’exécution comme un maillon faible récurrent. Mousse mal appliquée, obturation bâclée, jeu excessif sous les portes… ce sont souvent des détails invisibles à l’œil nu qui fragilisent l’ensemble.

Danny Jonckheere parle d’ « erreurs élémentaires », pourtant toujours présentes sur les chantiers. Steven Paulussen, lui, évoque une tension structurelle : « On conçoit des systèmes quasi parfaits, mais ils sont souvent mis en œuvre à la va-vite ». Et quand bien même le fabricant ou le prescripteur exige l’intervention d’installateurs certifiés, cette rigueur peut s’étioler en bout de chaîne. Koen Van Gasse n’est pas dupe : « Pour des raisons pratiques, ces installateurs font parfois appel à des sous-traitants. Là, la garantie de qualité s’effrite. »

Le constat est clair : sans contrôle renforcé, les meilleures intentions tombent à l’eau. L’étanchéité à l’air ou à l’eau est mesurable et vérifiable, mais la sécurité incendie ? Beaucoup moins. D’où l’appel à un contrôle plus systématique et indépendant.

Former mieux, contrôler plus, entretenir toujours

L’avenir de la sécurité incendie se joue aussi sur les bancs de l’école. Selon Koen Van Gasse, la formation initiale est cruellement insuffisante : « En cinq ans d’architecture, on aborde parfois la sécurité incendie en une heure à peine… alors que l’architecte reste coresponsable de cette sécurité pendant dix ans ! » Même carence chez les menuisiers, électriciens, façadiers. C’est tout un socle de connaissances de base qu’il faut rehausser.

Autre chaînon oublié : l’entretien. Ce qui a été bien conçu et correctement mis en œuvre peut, faute de suivi, devenir inefficace avec le temps. Peu de maîtres d’ouvrage se posent la question de la pérennité des dispositifs coupe-feu à cinq, dix ou vingt ans. Or, les produits résistants au feu nécessitent un contrôle périodique, notamment les pénétrations techniques et les portes coupe-feu, comme le rappelle Kurt Van Den Bergh.

Quant au rôle de conseil, il manque cruellement de figures de référence. Depuis l’extinction de l’ISIB, le secteur attend un relais. À défaut, pourquoi ne pas s’inspirer du modèle français, où un organisme de contrôle endosse aussi la mission incendie ?

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« En cinq ans d’architecture, on aborde parfois la sécurité incendie en une heure à peine… alors que l’architecte reste coresponsable de cette sécurité pendant dix ans ! » Même carence chez les menuisiers, électriciens, façadiers.

Le collectif, clé d’une sécurité effective

Si les défis sont nombreux, les motifs d’optimisme le sont aussi. Le niveau général a nettement progressé, la sensibilisation est plus forte et la réglementation évolue dans le bon sens. Surtout, les rôles tendent à mieux s’articuler : les fournisseurs sont davantage écoutés, impliqués dans les groupes de travail, et les conseils circulent plus librement entre fabricants, concepteurs et installateurs.

Mais la clef reste la collaboration transversale. Comme le dit Koen Van Gasse, « chacun a son créneau, mais la sécurité incendie ne peut être efficace que si la chaîne complète fonctionne ». C’est cette vision d’ensemble – du produit à sa pose, du plan à la maintenance – qui garantit un système constructif réellement protecteur. Car oui, les ambitions sont là. À présent, il faut les traduire en cohérence, en rigueur et en constance.  

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