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Restaurer une charpente pluricentenaire, une question d’équilibre et de transmission

Restaurer une charpente pluricentenaire, une question d’équilibre et de transmission

Sous les couvertures de l’Hôtel de Ville de Mons et de ses bâtiments annexes se déploient des charpentes dont certaines remontent à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle. Depuis décembre 2023, Charpente & Construction Bois (CCBois) intervient sur ces structures en sous-traitance de l’entreprise générale Galère. Diagnostic de l’existant, étançonnement, greffes, remplacement de pièces et assemblages traditionnels rythment un chantier où la conservation de la matière ancienne reste le fil conducteur.

L’intervention de CCBois s’inscrit dans la durée et se répartit en trois campagnes. La première a débuté en décembre 2023 et a concerné notamment la chapelle Saint-Georges, la Toison d’Or, l’Hôtel de Ville proprement dit et son campanile. Elle a mobilisé les équipes durant quatre à cinq mois.

Une deuxième campagne a suivi en 2025, à l’arrière de l’Hôtel de Ville, notamment au niveau du Salon Boisé. Enfin, depuis juillet 2026, CCBois est engagé dans une troisième campagne sur les bâtiments arrière. Celle-ci doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’année.

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Le cahier des charges confronté à la réalité du bâtiment

Entre l’élaboration du cahier des charges, la soumission et l’intervention effective, plusieurs années peuvent s’écouler. Pendant ce temps, l’état sanitaire du bois continue à évoluer.

Une nouvelle analyse sur chantier est donc indispensable. Elle passe d’abord par le nettoyage des structures afin de rendre les dégradations visibles, puis par des relevés. Cette étape permet de mettre en regard trois réalités : ce que prévoit le cahier des charges, ce que révèle effectivement la charpente et ce que permettent les contraintes techniques et budgétaires.

« Dire que restaurer une charpente revient à la refaire dans sa totalité n’est pas exact », insiste Bruno Bodeveix. Certaines structures anciennes restent en effet largement saines malgré leur âge. La restauration consiste dès lors à déterminer précisément jusqu’où intervenir.

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L’eau, première ennemie du bois

À Mons, l’humidité constitue l’une des principales causes de dégradation constatées. Une couverture vieillissante, une ardoise défectueuse ou un chéneau percé suffit à créer une infiltration qui, au fil des années, altère les pièces de charpente. Les éléments encastrés dans les maçonneries sont particulièrement vulnérables : leurs extrémités absorbent l’humidité présente dans les murs.

Même constat pour les sablières, ces pièces horizontales posées à plat sur la maçonnerie en bas de versant et sur lesquelles viennent s’appuyer les chevrons. Proches des chéneaux et peu ventilées, elles peuvent subir durablement les effets de l’humidité. Selon leur état, elles sont restaurées ou remplacées. Les chevrons, qui portent les voliges sur lesquelles sont fixées les ardoises, font plus fréquemment l’objet d’un remplacement complet.

Les fixations sont également reprises : CCBois procède à une fixation mécanique globale et remplace les chevilles en bois lorsque cela s’avère nécessaire.

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Des interventions chirurgicales

Préserver au maximum la matière existante suppose de travailler localement. « Nous intervenons comme le fait un dentiste : par greffes, soit à l’aide de bois, soit à l’aide de résine », explique Bruno Bodeveix.

Les assemblages traditionnels sont privilégiés lorsque la configuration le permet. Mais restaurer une charpente en place diffère fondamentalement de sa reconstruction en atelier : puisqu’il n’est pas question de tout démonter, le charpentier doit adapter son assemblage à ce qui subsiste.

L’étendue réelle d’une dégradation ne se révèle d’ailleurs parfois qu’au cours de l’intervention. Une zone apparemment limitée peut, après élimination progressive du bois altéré, atteindre 2,5 à 3 mètres. Se pose alors la question de poursuivre la greffe, notamment à la résine époxy, ou de remplacer entièrement la pièce.

Ces découvertes donnent lieu à une concertation avec la maîtrise d’œuvre et les instances chargées du patrimoine. CCBois apporte son analyse technique, mais la décision finale s’inscrit dans un arbitrage collectif qui intègre conservation patrimoniale, stabilité et budget.

Le campanile sous tension

Parmi les interventions réalisées, celle du campanile se distingue par sa complexité. Cet élément a été ajouté début du XVIIIe siècle pour abriter une grosse cloche. Son poids a contribué à déformer certaines parties de la charpente, qui n’avait pas été conçue à l’origine pour reprendre ces charges. Une structure métallique avait déjà été installée lors d’une intervention antérieure afin de soulager la charpente.

Des dommages subsistaient néanmoins au niveau des fermes et d’autres éléments porteurs. CCBois a donc procédé à des réparations, adaptations et remplacements ponctuels.

La géométrie du campanile compliquait encore l’opération. Très verticale et élancée, la structure offre peu d’espace aux charpentiers. Intervenir sur les pièces assurant son contreventement ou participant à la reprise des efforts exigeait de sécuriser progressivement l’ensemble par étançonnement et tensionnement. « Plus vous intervenez, plus vous réduisez aussi votre espace de travail. Le défi est là », résume Thomas Varin, responsable Patrimoine chez CCBois.

Une dépose complète du campanile aurait pu être envisagée. Elle n’a finalement pas été retenue. Une restauration ne peut en effet être considérée isolément : déposer un tel élément aurait eu des conséquences sur d’autres postes, notamment la couverture. L’intervention sur place s’est donc imposée dans l’économie générale du projet.

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Des dizaines de m3 de chêne à acheminer dans les combles

À la difficulté structurelle s’ajoute celle de la manutention. La quantité de bois évoquée pour les différentes interventions atteint plusieurs dizaines de mètres cubes. Galère a mis à disposition l’échafaudage périphérique et les moyens de levage permettant d’amener les matériaux lourds en hauteur.

À partir de là commence une manutention plus artisanale. Les pièces doivent cheminer à travers les combles, à l’aide de petits chariots sur roulettes, avant d’être hissées et positionnées avec des palans. Les équipes comptent généralement quatre à six personnes.

Le temps consacré à la préparation est considérable. Avant de sectionner une pièce existante, il faut déterminer comment les charges seront reprises, étayer la structure, sécuriser la zone et prévoir le déplacement de la nouvelle pièce. « Nous consacrons presque autant de temps à préparer le terrain que de fabriquer la pièce de bois en tant que telle », résume Thomas Varin.

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Une troisième campagne au visage différent

Depuis juillet 2026, l’intervention se concentre sur d’autres bâtiments situés à l’arrière du complexe. La configuration des lieux y est différente : succession de toitures, lucarnes, chéneaux et nombreux raccords multiplient les singularités. Les charpentiers travaillent notamment sur des arêtiers et sur les raccordements entre différentes parties de toiture.

Ces travaux doivent se poursuivre jusqu’à la fin de l’année, avec une autre particularité propre au centre de Mons : le chantier doit ponctuellement s’interrompre lors de certaines manifestations organisées à proximité. Une contrainte connue à l’avance et intégrée à la planification.

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S’inscrire dans le temps en transmettant son savoir

Le chantier constitue enfin un terrain propice à la transmission. Analyse d’une structure ancienne, étançonnement, choix des bois, taille, sécurité et adaptation des assemblages placent les jeunes charpentiers face à des situations que la construction neuve rencontre rarement. « On transmet notre savoir auprès de la jeunesse », souligne Bruno Bodeveix.

Une transmission qui rejoint finalement la logique même de la restauration : prolonger l’existant plutôt que le remplacer, en intervenant avec précision sur ce que plusieurs siècles d’histoire, de transformations et d’intempéries ont laissé derrière eux.

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